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  • HARO CONTRE DES PARENTS PYROMANES

    HARO CONTRE DES PARENTS PYROMANES ET ASSISTÉS (PRESSE GB)
    Par Gilles Klein le 03/04/2013

    Pyromane, père de 17 enfants et vu comme adepte des prestations sociales, MickPhilpott est à la une de la presse britannique. En effet, lui et sa femme, parents de six jeunes enfants morts, en 2012, dans un incendie, d'abord présenté comme accidentel, ont finalement été jugés coupables de meurtre. Toute la presse britannique se déchaîne contre le père de cette famille, connue depuis qu'elle a fait l'objet d'un documentaire dénonçant les prestations sociales vues, par certains, comme trop généreuses.

    MickPhilpott est sans emploi et il a eu 18 enfants au total de plusieurs femmes. Il vivait avec sa femme et sa maitresse ainsi que leurs enfants à Allenton (Derbyshire). Mais cette maîtresse est finalement partie avec les enfants qu'elle a eus de Philpott.

    Le 11 mai 2012, c'est le drame. Cinq enfants de 5 à 10 ans meurent pendant l'incendie de la maison de Philpott. Le sixième, âgé de 13 ans, mourra deux jours après à l'hôpital. Leur père disait avoir vainement essayé de secourir sa progéniture, coincée à l'étage alors que lui dormait au rez-de-chaussée avec sa femme Mairead. Mais le 29 mai 2012, les parents sont inculpés pour meurtres, ainsi qu'un de leurs amis. Tous les trois viennent d'être reconnus coupables au cours d'un procès qui s'est terminé hier.

    En fait, les parents auraient eux-mêmes mis le feu avec de l'essence, avant d'être surpris par la violence des flammes qui les aurait empêchés de sauver leurs enfants. Peu après, le père, chômeur, était passé à la télévision, en pleurs, demandant que l'on retrouve l'auteur de l'incendie. Il espérait faire accuser son ex-maitresse qui avait quitté leur maison avec ses enfants. Ce qui lui aurait permis d'obtenir la garde des enfants de cette femme et de récupérer les allocations familiales qu'il touchait jusqu'à son départ. Juste après le drame, le journal local, le Derby Telegraph saluait, le 13 mai 2012 sa douleur, tout en signalant qu'il n'était pas toujours bien vu dans la région.

    Aujourd'hui, le ton a changé, l'heure est au lynchage médiatique, la presse britannique montre le "père indigne" en compagnie de ses enfants défunts à la une, le ton est violent, qu'il s'agisse de presse sérieuse ou de tabloïd, le couple est appelé les "parents diaboliques".

    Daily Express Guardian

    "Le salaud tueur d'enfants m'a donné 27 coups de couteau" titre le Sun en citant une ex-maitresse qui accuse Philpott d'avoir essayé de la tuer. Le Sun écrit quePhilpott profitait en fait de plus de 4 000 euros par mois versés à ses deux compagnes pour leurs enfants. De plus, le Sun l'accuse d'avoir des tendances pédophiles et de coucher avec les deux femmes en même temps, tout en les battant régulièrement.

    Independent Sun
    Daily Mail

    Pour le Daily Mail, cet homme représente le "vil produit de la protection sociale britannique". Le journal estime que cet homme a eu 17 enfants de plusieurs femmes pour bénéficier des allocations familiales. De plus, note leDaily Mail, il a été accusé de viol. Pis, selon le quotidien les travailleurs sociaux n'ont rien fait même quand il a étalé son "sordide mode de vie" à la télévision.

    Le quotidien n'en est pas à son premier article contre Philpott. Déja en 2006, le Daily Mail s'en était pris plusieurs fois à lui. En mars, le quotidien estimait que Filpott touchait plus de 25 000 euros par an en prestations sociales diverses. En novembre 2006, nouvel article car Philpott réclamait un logement social plus grand alors qu'il vivait avec sa femme et sa maîtresse qui était toutes deux enceintes alors qu'il avait déjà 15 enfants.

    En 2007,Philpott était passé dans des émissions comme le Jeremy Kyle Show qui présente des personnes qui ont une vie difficile et font face à des problèmes de drogue, d'histoires sexuelles, ou ont des comportements plus ou moins considérés comme aberrants.

     

    La même année, Ann Widdecombe (à gauche sur la photo), une ancienne députée conservatrice qui dénonce depuis toujours les prestations sociales trop généreuses,avait tourné chezPhilpott (enfant au bras), un documentaire intitulé Ann Widdecombe Versus the Benefits Culture pendant une semaine. Il fut diffusé sur la chaîne privée ITV en août 2007.

    Philpottfut ensuite appelé par le Daily Mail "the country's most successful benefits crounger" (le plus grand parasite, ou le meilleur pique-assiette de Grande Bretagne).

    L'homme qui vient d'être reconnu coupable n'était donc pas inconnu des médias britanniques avant l'incendie de 2012.

    Anne

  • FRED A REJOINT PHILÉMON


    FRED A REJOINT PHILÉMON SUR LA LETTRE A (COMME ATLANTIQUE)
    Par Alain Korkos le 03/04/2013

    Le 22 février dernier paraissait le seizième et ultime album des aventures de Philémon dessiné par Fred, Le train où vont les choses. Nous en parlions sur @si, dans un Vite dit publié le 13 mars. Hier, 2 avril 2013, Fred s'en est définitivement allé à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Il avait récemment subi une opération du coeur. Sans aucun doute a-t-il rejoint Philémon, l'âne Anatole et Monsieur Barthélémy sur la lettre A du mot Atlantique…

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    Photo de Fred, parue aujourd'hui 
    sur le site des Éditions Dargaud

     

    Voici, réédité, ce Vite dit récemment consacré à Fred.

     

     

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    Philémon, l'âne Anatole et Monsieur Barthélémy, créations de Fred (plus connu dans sa famille sous les prénoms et patronyme de Frédéric Othon Théodore Aristidès), sont enfin de retour dans un album intitulé Le train où vont les choses, seizième de la série qui était à l'arrêt depuis Le diable du peintre, paru en 1987.


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    Qui n'a pas grandi avec Philémon et le naufragé du "A" (1972)…

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    Simbabbad de Batbad (1974)…

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    … dont voici une planche spectaculaire (mais Gotlib en avait à peu près autant en 1971 avec sa girafe dans le deuxième tome de sa Rubrique-à-brac)…


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    … Philémon à l'heure du second "T" (1975)…

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    … ou L'arche du "A" (1976)…

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    … a raté sa jeunesse !

    Il est cependant possible de se rattraper en commençant par Le train où vont les choses, dont voici les trois premières planches enfumées bien qu'aucun pape ne se profile à l'horizon :


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    "Le train où vont les choses s'ouvre, nous dit l'éditeur, sur Philémon et Barthélemy découvrant une locomotive perdue en pleine campagne, au milieu de ce qu'ils prennent pour un épais brouillard. Le conducteur leur explique qu'il s'agit en fait de la vapeur qui s'échappe de la machine. Or, c'est justement grâce à cette vapeur toute particulière, la « vapeur d'imaginaire », que la locomotive fonctionne…"

    Dans le même temps, nous apprenons grâce à un touite du site BDGest' que la série Philémon va être adaptée au cinéma, au Canada, en anglais et en 3D (voir par là cet article du Huffington Post québécois). De quoi frémir…


    Intermède littéraire de haut vol


    Dans La vie mode d'emploi, Georges Perec évoque Philémon dans le dernier paragraphe du chapitre XII :

    "L'enfant (…) joue avec une petite toupie ronfleuse sur laquelle des oiseaux ont été dessinés de telle manière que lorsque la toupie ralentit on a l'impression qu'ils battent des ailes. À côté de lui sur un journal de bandes dessinées on voit un grand jeune homme à tignasse avec un chandail bleu à bandes blanches, chevauchant un âne. Dans la bulle qui sort de la bouche de l'âne - car c'est un âne qui parle - on lit ces mots : « Qui veut faire l'âne fait la bête. »"

    Il s'agit là d'une parodie d'une pensée de Pascal : "L'homme n'est ni ange ni bête, et qui veut faire l'ange fait la bête."


    Fin de l'intermède littéraire de haut vol


    Fred est également l'auteur de plusieurs albums ne faisant pas partie de la série Philémon. Citons entre autres Le fond de l'air est frais (1973) qui fut d'abord le titre d'une chanson écrite pour Jacques Dutronc…

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    … et Le petit cirque (1973 itou, chédeuvre intégral) :

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    Le fond de l'air est frais, donc. Mais Philémon est de retour, alors que Fred s'en est allé.

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    L'occasion de lire ma chronique intitulée Jean-Paul Goude et Kenzo, l'esprit et la lettre, où il est question là aussi d'alphabets peu ordinaires.

  • Les Bienveillantes de Jonathan Littell

     

    Analyse du roman de Jonathan Littell

    Artzybasheff Artwork
    ( Boris Artzybacheff , Swastikas , 1942 , Life Magazine ) 

    01- Introduction générale 

     Les Bienveillantes  est un des premiers grands livres du XXI ème siècle. Un événement littéraire en 2006 et un événement dans la littérature. Cet ouvrage dépasse de beaucoup les limites du roman. C'est un livre très difficile à lire mais d'une grande puissance évocatrice. Si le lecteur s'accorde du temps et du courage, il sera emporté par ce tsunami narratif  mais en sortira fourbu, exténué, interloqué et perplexe. Dans notre monde post-moderne, il est comme un "retour du refoulé", venu de ces temps modernes où la technique a fabriqué des cadavres dans des chambres à gaz. En changeant de siècle et de nouvelle économie psychique , en passant de la névrose à la perversion, on est passé de l'ère de la victime à l'ère du bourreau. Le récit, dense, aride parfois, pourrait engendrer, une fois encore, la  fascination pour la barbarie. En transposant dans son roman l'immense documentation qui existe sur cette époque, Jonathan Littell suscite l'envie de savoir, la volonté de comprendre l'une des pages les plus complexes et les plus prégnantes du siècle passé. Les lecteurs pensent trouver ce qu'ils cherchent dans Les Bienveillantes, car J. Littell revendique un implacable et irréprochable réalisme historique. Mais si l'Histoire est convoquée, c'est la magie de l'écriture qui opère. Jonathan Littell va s'égarer progressivement et égarer son lecteur en le plaçant "face à l’épreuve souvent insoutenable d’être confronté avec une horreur qui avait des chances d’être plus que vraisemblable" (A. Green).

      Les Bienveillantes  est le récit autobiographique  d'un homme qui va traverser,  en bourreau bureaucrate témoin et acteur, l'histoire et la géographie de l'Europe pendant les années du nazisme , la guerre de 1939-1945 et prendre part à l'extermination de tous les ennemis de l'Allemagne nationale-socialiste et à la solution finale du problème juif (Endlösung der Judenfrage ) : les groupes mobiles de tuerie ( Einzatgruppen ) , les exécutions «à ciel ouvert» ( la Shoah par balles ), les camps d'extermination , les chambres à gaz , les crématoriums, les marches de la mort. Le personnage principal est moins bourreau cruel qu'étrangement humain, dans sa perversion et son délire, dans son amour de l'art et de la littérature en particulier, mais aussi dans sa lucidité de juriste, aveuglé par une cause ressentie comme juste alors qu'elle se basait sur la négation même de toute justice.

      Cet homme est Max Aue ( personnage fictif descripteur et narrateur ) . Son roman familial infiltre ses réflexions, ses attitudes et actions criminelles. Il est amoureux de sa soeur jumelle, Una, à laquelle il cherche à s'identifier en jouissant de pénétrations anales sans amour homosexuel. L’image d’un homme torturé s’installe dans l’esprit du lecteur. Intelligent, cultivé, esthète, obstiné, omniscient , il sera un officier supérieur de la SS  qui aura bien de la chance malgré les situations les plus graves et les plus terribles de sa vie. Un juriste nazi courageux et pédant qui écrit des rapports inutiles à la chaine, omniprésent sur les chantiers de la mort . Ce thanatologue participera au judéocide européen , sans que ses paroles traduisent un antisémitisme haineux . Il sera le témoin des horreurs d'une guerre menée par ceux qui voyait en elle une ordalie qui devait leur conférer, à travers le triomphe de la force, la légitimité du droit . Il vivra aussi l'effondrement du III ème Reich. 

     A priori voué à l'exécration légitime que mérite la criminalité nationale-socialiste le personnage n'apparaît pas comme un monstre jouisseur de crimes. Bien plus, il n'est pas dénué d'un certain humanisme. De fait, il tentera de limiter ou réduire les effets de l'organisation criminelle à laquelle il se trouve soumis. 


    J. Littell écrit en français , sans imiter la langue du III ème Reich, la Lingua Tertii Imperii  (LTI) , sans la connaissance intime de la langue allemande. Le texte est avant tout un objet littéraire,  un travail d'écrivain. L'habillage historique est quasiment sans faille, saturé par la masse documentaire ( à comparer, par exemple,  au chapitre VII du livre de Raul Hilberg -La destruction des juifs d'Europe : Les opérations mobiles de tuerie - ) .

    Il y a construction d'un imaginaire , d' une fiction individuelle à partir des archives historiques . Ce roman est comme une tentative d'approche du Réel par les trous et les blancs de la trame narrative. 

    L'apocalypse de la Raison et de la Rationalité, les justifications , les fondements , les arguments, les syllogismes, les prétextes, les apories vont nous égarer sur des routes dangereuses . Heureusement que la folie , la divagation, les délires , les hallucinations et les rêves nous les feront quitter.

    1-2 Généralités

    1-2-1 Le titre
     , euphémisme antiphrastique est ironique . Les Erinyes, ou Euménides ("les Bienveillantes "), sont des déesses de la mythologie grecqueL'Orestie (le cycle des Atrides) participe à la structure de l'histoire personnelle de Max Aue. Sans rien connaître des intentions de J. Littell et de sa référence aux Euménides, le lecteur peut s'interroger sur l'ironie du titre par rapport au contenu du livre qui concerne des hommes plus que malveillants.


    1-2-2 Les chapitres portent le nom de danses allemandes de Bach ou de Rameau ( " Pour éviter Wagner " dixit J. Littell) . La suite de ces danses est une des structures du roman. La structure des chapitres en sections permet au lecteur de reprendre son souffle et de continuer la lecture. Dans la page des sections j'ai fait un tableau qui permet de se retrouver dans les deux éditions françaises.

     
    1-2-3 Les débuts du roman familial 

      Maximilian Aue  est né le 10 octobre 1913 (p 133 ) dans l'Alsace du Reichland. Max et Una ont un an quand le père part pour la Grande Guerre ( p  180 ). Le retour du père dans la famille se fait à Kiel (Allemagne ) en 1919 lorsque les Français reprirent l'Alsace. Avec ses diplômes le père se refait une situation au sein d'une grande firme. Il a des activités secrètes avec son frère et son père. Ce père disparaitra dans la nature en 1921. Ses anciens directeurs , le Dr Mandelbrod et Herr Leland, industriels mystérieux et puissants ( p 414 ) , plus tard, aideront ou manipuleront Max. Sa mère, Héloïse, devenue seule , sera une bourgeoise errante et désemparée ( p 343 ) pendant 3 ans ( p 190 ) . Max  ne pourra jamais « exécuter » un morceau sur le piano offert par sa mère , qui rencontrera Aristide Moreau , bon radical et patriote français, petit entrepreneur dans le sud de la France, en affaires avec l' Allemagne .  Il emmenera toute la famille à Antibes ( 1924 ) . Le mariage d'Héloïse avec A. Moreau en 1929 est vécu comme le meurtre du père (pp 342-345).

      Max et Una vont transgresser l'interdit de l'inceste (p 190) . Ils seront séparés. Max sera envoyé dans un pensionnat  à Nice ( p 191 ) . Una ira dans une pension religieuse. Au lycée Max voulait étudier la philosophie et la littérature. Moreau et sa mère se décidèrent à le faire entrer à l'ELSP : l'Ecole Libre des Sciences Politiques. Una ira étudier la psychologie à Zurich avec Karl Jung ( psychanalyste non juif ) . En échange du consentement  à poursuivre les études qu'ils exigeaient, Max extorque à sa mère et à Moreau son premier voyage de retour en Allemagne. " Ce fut un voyage merveilleux dont je revins séduit, ébloui." (été 1930 , p 429 ).
    À 17 ans il monte à Paris pour faire ses classes préparatoires (il a eu son bac sans mention - p 429 ). Interne à Janson-de-Sailly . Moreau lui alloue une petite somme mensuelle (p 463 ). Rencontre des membres de l'Action française , Robert Brasillach , Lucien Rebatet. Réussit son concours d'entrée en 1932. Passe ses vacances en Allemagne, pose sa candidature au NSDAP, section Ausland. Entre à l'ELSP à l'automne 1932.
    Aprés le nouvel an 1933, Hindenburg invite Hitler à former un gouvernement.  Max est bloqué en France mais Brasillach le présente à Otto Abetz. Dans les mois qui suivent l'émeute de février 1934, Max prend contact avec le Dr Mandelbrod , hérite avec sa soeur d'un petit capital paternel , décide de quitter l'ELSP pour l'Allemagne ( p 481 ) .

    Il rompt avec sa mère et quitte la France pour Kiel en 1934 , postule pour la SS, sur le conseil du Dr Mandelbrot ( p 68 ) , pour éviter les frais d'inscription à l'université. Il est recruté comme V Mann par Otto Ohlendorf pour le SD (Sicherheitsdienst / Service de sécurité). Son professeur Reinhard Höhn n'est pas favorable au SD et lui conseille plutot un emploi dans un ministère. Au printemps 1937 Max est arrêté pour une histoire de moeurs à Berlin ( p 71 ) mais tire son épingle du jeu, grace à Thomas Hauser qui le recrute pour le SD. Tout au long du roman , M. Aue établira rapports sur rapports. Le roman lui même est la synthèse de ces rapports: il accumule des études qui ne valent guère mieux que des fictions ( p 697).

    Au printemps 1939, Max passe son doctorat de droit ( une thèse de doctorat « rébarbative » - p 69 : Réconciliation du droit étatique positif avec la Volkgemeinschaft - p 437 ) et rejoint le SD. Reinhard Heydrich l'envoie en mission en France ( p 58 )  avec Thomas Hauser, jusqu'à la fin du mois de juillet 1939 ( p 59 ) . Chacun fera un rapport sur le climat politique français. Mais Thomas Hauser sera privilégié. Lors de l'invasion de la Pologne en septembre 1939 ,  Max restera à Berlin, son ami partira en Pologne. 

    1-2-4 Les références mythologiques ( le pacte de lecture mythique ) 

    [Thomas] « Et il est [Max] mon Oreste.» ( p 60 ) 

    [Max] « et la boucherie dans le palais des Atrides était le sang dans ma propre maison?» (p 381)

     La mythologie grecque est souvent utilisée pour structurer un écrit. Un psychanalyste aurait dit à J. Littell : « Avec la tragédie grecque on ne peut pas se planter.» Pour Littell le romantisme allemand est  en partie dérivé de la tragédie grecque et le nazisme une dérivée perverse du romantisme allemand. 

      Dans le cycle des Atrides, Agamemnon est tué par sa femme (Clytemnestre) et son amant (Egisthe). Afin de venger la mort de son père, Oreste assassine Egisthe et Clytemnestre. Quelque soit la raison, le matricide est condamné par les lois de la tragédie grecque. Les Erinyes prennent en chasse Oreste. Oreste s'enfuit et se rend à Delphes : il parle à Athéna qui, malgré les Erinyes, fait évoluer la loi en faveur d’Oreste. Les Erinyes acceptent la décision et sont alors appelées Euménides (Bienveillantes). 

      Le SS Maximilian Aue (Oreste , Electre , Erinye ) venge son père Xx Aue ( Agamemnon ) en tuant sa mère Hèloïse ( Clytemnestre  et Erinye ) et son beau père  Aristide ( Egisthe) ,  échappera  à certains avatars des Erinyes (Clemens et Weser et quelques autres ) . 

      Un excellent développement des relations entre «Les Bienveillantes» et la tragédie grecque est écrit par Florence Mercier-Leca dans Le Débat n° 144 , mars-avril 2007 , pp 45- 55 , Gallimard.

    Dans “Le Banquet” de Platon, Aristophane tient un discours sur l'amour tiré d'un mythe. Jadis, ne vivaient que des androgynes formés de deux êtres de sexes opposés, accolés l'un à l'autre. Forts de leur double nature, les androgynes voulurent défier les dieux et Zeus décida de les punir en les séparant en deux. Ils donnèrent naissance aux êtres humains tels que nous les connaissons. Selon Aristophane, l'amour ne serait rien d'autre que le sentiment de nostalgie de notre ancienne nature et une quête désespérée de l'unité perdue. L'union des êtres, ou des contraires, incarnerait une tentative de retrouver le lien à travers la recherche de l'âme soeur.Toute femme, tout homme fait, au moins une fois dans sa vie, l’expérience d’une métamorphose corporelle majeure et qui tient du changement de sexe : la puberté. 

    D'autres emprunts à la mythologie existent comme la métamorphose de Tirésias selon Ovide ou Hésiode . Tirésias né homme, tue des serpents en train de s’accoupler et se voit transformé en femme. Plus tard, il récidive pour se voir retransformé en homme. Ainsi, il permettra à Zeus et à Héra de décider ce qu’il en est de la différence entre la jouissance masculine et féminine. La réponse de Tirésias est : si l’on divise la jouissance sexuelle en 10 parts égales, 9 reviennent à la femme, 1 à l’homme. Ce qui lui vaut le châtiment d’Héra et une récompense de Zeus. L’une le rend aveugle, l’autre lui octroie le don de voyance.
    Dans «les Bienveillantes» ce mythe est un peu éparpillé : les 2 squelettes entrelacés dans le musée de Lemberg sont un rappel des jeux érotiques entre Max et Una qui s'accouplaient, entre autres,  comme des serpents . Max évoque la jouissance infinie des femmes .Max a un 3 ème œil qui s'accouple au vagin de sa soeur hallucinée.

    1-2-5 Les références psychanalytiques  « Le réel  est plus fort que le vrai » ( Jacques Lacan )

      La psychanalyse ( «science juive» pour les nazis , «science boche» pour les Français ) est présente dans le roman : sont nommés S. Freud, Carl Gustav Jung , Otto Rank ( Littell utilise un midrash juif cité par Rank dans la scène du vieux Juif du Daguestan) . Una Von Üxküll a été analysée par Jung ( disciple non juif de Freud ) . 

      L'histoire personnelle  de Max Aue, est fragmentée, dispersée à travers tout le livre. C'est un des moteurs du roman, branché directement sur l'inconscient de l'auteur et celui du lecteur. Les faits intimes sont  contradictoires, changeants , rêvés , fantasmés, hallucinés, refoulés.

      Max Aue, personnage du XXI ème siècle qui visite le Réel du XX ème siècle, n'est pas analysable. Même si de nombreux thèmes du roman font dresser l'oreille du psychanalyste (les troubles de l'identification, de la pensée et du comportement, la problématique anale et obsessionnelle, la pendaison, l'inceste, la mort, le corps dans tous ses états, la sexualité sans issue et l'amour impossible ) je ne développerai pas ici les  diverses interprétations que l'on pourrait avancer pour laisser vivant «l'effet de trou» qui est un des éléments-moteurs ce ce roman. En revanche je peux faire la liste des séquences pulsionnelles. J'aborderai ensuite les mystères du corps dans les Bienveillantes.

      
     1-2-6 Les références historiques : sont innombrables. Le lecteur est noyé dans l'archive. Retenons pour l'instant celle de Raul  HilbergQuand la bureaucratie eut achevé dedéfinir les Juifs, de saisir leurs biens et de les concentrer dans les ghettos, elle avait atteint une limite au-dela de laquelle toute nouvelle étape signifiait forcément que les Juifs cesseraient d'exister dans l'Europe nazie.Le v ocabulaire officiel allemand dénomma le passage à ce dernier stade « solution finale de la question juive (die Endlosung der Judenfrage) ». Le terme "final" recouvrait deux sens complémentaires. Au premier degré, il donnait à entendre que le but ultime du processus de destruction était désormais clairement défini. Si l'étape de la concentration avait representé une période de transition vers un but non encore spécifié, la «nouvelle solution» levait toute incertitude et donnait réponse à toutes les interrogations; l'objectif était définitivement fixé - et c'était la mort. Mais le terme «solution finale » comportait aussi une implication de plus profonde et lointaine portée. Himmler le disait très précisément : aprés cela, il n'y aurait plus jamais de probléme juif à résoudre. Définitions, expropriations, concentrations sont choses sur lesquelles on peut revenir; mais la mort est irreversible, et c'est pourquoi elle donnait au processus de destruction son caractère d'événement historique irrévocable.

        L'anéantissement se réalisa en deux grands ensembles d'opérations. Le premier commenca dés l'invasion de l'Union soviétique, le 22 juin 1941. De petites unités des SS et de la Police s'avancèrent en territoire occupé, avec mission de tuer sur place toute la population juive. Ii ne s'écoula que peu de temps entre la mise en route de ces massacres itinérants et le lancement de la deuxième grande operation, qui aboutit à transporter les Juifs d'Europe centrale, occidentale et sud-orientale dans les camps munis d'installations de gazage. La grande différence fut que, dans les régions soviétiques occupées, les tueurs pourchassèrent leurs victimes, tandis qu'ailleurs on amena les victimes à leurs bourreaux. Du premier système au second, il n'y cut pas seulement une succession chronologique, mais aussi un accroissement de la complexité. Dans les territoires conquis en Union soviétique, les unités mobiles de tuerie pouvaient se déployer en toute liberté jusqu'aux lignes atteintes par l'armée allemande. En revanche, les déportations massives exigèrent une organisation beaucoup plus vaste, suscitèrent une multitude de problèmes, et absorbèrent de très importantes ressources. Cet effort, les Allemands le jugèrent indispensable pour appliquer jusqu'au bout la solution finale à l'échelle de l'Europe.

        Au debut du mois de juin 1941 , les quatre Einsatzgruppen ( groupes d'opérations mobiles de tuerie ) se réunirent a Duben. Après les discours de Heydrich et de Streckenbach, les unités mobiles de tuerie rejoignirent leur position. L'Einsatzgruppe A fut assigné au Groupe d'armée Nord; le B, au Groupe Centre; le C rejoignit le secteur du Groupe Sud; et le D fut attaché à la 11e Armée, opérant dans l'extrême sud. Les armées enfoncant les premiers avant-postes sovietiques, les Einsatzgruppen suivirent, prêts a frapper. Au moment où les Einsatzgruppen franchirent la frontière, cinq millions de Juifs vivaient en Union soviétique, dont la plupart clans les regions occidentales, et quatre millions environ dans les territoires qui allaient subir l'invasion.

      Les opérations mobiles de tuerie conduites en Russie occupée préludaient à une entreprise plus vaste dans le reste de l'Europe de l'Axe. Une « Solution finale » allait être déclenchée dans tous les territoires sous contrôle allemand , avec retard pour la Hongrie ( 1944 ) . Les opérations les plus secrètes du processus de destruction se déroulèrent danssix camps situés en Pologne, dans une zone qui s'étendait depuis les territoires incorporés jusqu'au Bug. Ces camps étaient les centres de regroupement vers lesquels convergeaient des milliers de transports arrivant de toutes les directions. En trois ans, près de trois millions de Juifs y furent acheminés. Les convois repartaient à vide, ceux qu'ils avaient transportés disparaissaient à l'intérieur. Les centres de mise a mort fonctionnaient vite et bien. Le nouvel arrivant descendait du train le matin, le soir son cadavre était brûlé, et ses vétements empaquetés et entreposés pour étre expédiés en Allemagne.
    Ce genre d'opération était le résultat de toute une planification, car le camp de la mort constituait un mécanisme compliqué dans lequel toute une arrnée de spécialistes jouaient chacun un rôle bien précis. Au premier abord, cette machine est d'une simplicité trompeuse, mais un examen plus attentif fait apparaître que les opérations du centre de mise à mort s'apparentaient par certains égards aux méthodes de production complexes d'une usine moderne. 

        Le fait le plus frappant, dans les opérations du centre de mise à mort, c'est que, à la différence des phases préliminaires du processus de destruction, elles n'avaient aucun précédent. Jamais, dans toute l'histoire de l'humanité, on n'avait ainsi tué à la chaine. Le centre de mise à mort, n'a aucun prototype, aucun ancêtre administratif. Cette caracteristique tient au fait qu'il était une institution composite comportant deux éléments: le camp proprement dit, et les installations de mise à mort situées à l'intérieur du camp. Chacune de ces deux parties avait ses propres antécédents administratifs. Aucune n'était entièrement nouvelle. Le camp de concentration et la chambre à gaz existaient depuis un certain temps, mais isolément. La grande innovation consista à fusionner les deux systèmes.  

    Organigramme 

    1-2-7 Les autres personnages du roman

    Thomas Hauser : Policier honoraire, d'origine autrichienne, criminel antisémite surdoué , habile, cynique, carriériste, opportuniste. Optimiste, sans fantaisie, séducteur, il posséde un savoir «embrayé». Appartient au groupe de tuerie Einsatzgruppe C - Kommando 4a . Ami, mentor , démon gardien de Max."[ Max:]  Mon ami avait un génie étrange et infaillible pour se trouver au bon endroit non pas au bon moment mais juste avant" ( p 61 ) . Comme Max Aue, son cadet de un an , il est omniprésent dans le roman et partout en Europe , entre Paris , Berlin, Stalingrad. A envoyé deux de ses maîtresses au Lebensborn. ( pp 57, 635, 657, 667, 685, 791, 843, 893 ) . Thomas signifie... jumeau en araméen (toma')  et en grec. 

    Xx Aue : le père disparu. N'existe qu'en creux dans le roman . Son prénom n'est pas révélé. Ses photos, sauf une, ont disparu. Il s'est battu avec le Freikorps Rossbach en Courlande. Sa trace se perd en 1921. Bien que collectionneur de papillons, c'était un combattant cruel voire sadique . Mâle-soldat . (pp 180, 181, 182, 691,  692, 738, 739, 807). 

    Una Aue - Frau Von Üxküll: née le 10 octobre  1913, un quart d'heure avant son frère. La soeur jumelle. Jeux incesteux avec son jumeau ( pp 190 , 373, 375) Elle liquide plus rapidement que Max, ses sentiments incestueux.  Elle tombe trés malade en 1935 ( dépression , analyse ) , se marie à 25 ans ( 1938 ) avec un musicien ,  Berndt Von Üxküll , qu'elle rencontre lors d'un séjour dans un sanatorium de Davos.(p 442 - 455 , 458-459 , 491) A eu, peut-être, des jumeaux nés par césarienne.

    Le double féminin de Max Aue : il apparait surtout dans la chapitre Air sous la forme d'une présence hallucinée , d'une forme femelle , entitée composite, assemblage des traits de Una , de ceux de la pendue de Kharkov et de fantasmes de Max.  (pp 814,  824, 826-833, 835837). C'est peut être un effet de la possession par une Erynie.

    Bernt Von Üxküll ( Karl Berndt Egon Wilhelm , Freiherr von Üxküll) : Aristocrate antisémite traditionnel , Balte allemand, paralysé par une balle dans la colonne vertébrale. Compositeur de musique moderne. A refusé d'être membre du Parti. Vit dans un manoir en Poméranie. Suit des cures en Suisse (pp 455-458, 796-797).

    Dr Mandelbrod : Parrain de Max Aue. Personnage quasi allégorique incarnant la malfaisance et le nazisme. Industriel  incroyablement agé , obèse infirme, antisémite, homme de l'ombre, conseiller occulte d'Hitler, éminence grise de la SS (pp 414 - 422 , 492/b, 620/b, 891/b) . Personnage qui pue, au sens propre et figuré. Posséde, en revanche une voix trés agréable . Entouré de jeunes femmes hiératiques ( Hilde, Hedwig, Heide qui se ressemblent comme des jumelles, des clones,  p 890).  Passera à l'Est à la fin de la guerre.

    Herr Leland : industriel antisémite d'origine britannique ( allusion possible au passé colonial de l'empire britannique ) , homme de l'ombre, éminence grise de la SS. A un oeil de verre mais lequel ?  Parrain de Max Aue (pp 414, 415, 492, 621, 643, 650, 762, 763, 890, 891). Passera à l'Est à la fin de la guerre.

    Héloïse Moreau , veuve Aue : la mère de Max. A fait ce qu'elle a pu pour élever ses deux enfants . Perçue par son fils comme phallique et castratrice (pp 342-345). Forme grise .  (pp 476-489)  Assassinée ( étranglée ) le 28 avril 1943. ( pp 489 , 807 ). A des traits composites de l'Erinye et de Clytemnestre

    Aristide Moreau : le beau père de Max. Commerçant . Assassiné (à coup de hache ) le 28 avril 1943. ( pp 488-489) )  

    Tristan et Orlando : les jumeaux mystérieux. Ces garçons jumeaux apparaissent dans l'inconcience de Max ( p 393)  bien avant d'émerger dans la réalité (p 477 ) . A noter qu'il existe une thématique du semblable dans ce roman. A confronter à la thématique de l'Autre : le Juif, le bolchévique, la femme. 

    Pr Hohenegg : médecin officier viennois . Anatomo-pathologiste de la 6 ème armée plutot sympathique. Echanges et commentaires philosophiques sur la vie , la mort, le corps humain (pp 177, 236, 237, 266, 320, 353, 596 , 601, 684 , 688 ). L'extermination de Juifs est pour lui une vraie saloperie ( p 601) .

    Osnabrugge : ingénieur officier , bâtisseur de ponts chargé de les détruire ( pp 131,132, 630, 684, 865, 871 ). Le thème du pont commence dès le première ligne du chapitre Allemande I et II : «À la frontière on avait jeté un pont flottant.»

    Leutnan Voss: linguiste, scientifique, chercheur universitaire. Personnage sympathique . ( pp 199, 233, 241, 245, 248, 252, 255, 280, 284, 285). Le spécialiste des langues d’Europe de l’Est et du Caucase . Le problème de la langue en tant que pouvoir politique est passionnant. Voss n'est pas raciste. Assassiné par le père d'une jeune fille caucasienne (p 294 , 297). Max le revoit dans son inconscience au fond de la Volga ( p 364 ) . 

    Frau Dr Weseloh : spécialiste nazie et antisémite envoyée par Berlin pour répondre aux questions anthropologico-biologico-linguistique insolubles (pp 287-293, 299).

    Nahum ben Ibrahim ( Chamiliev ) : Centenaire juif tchétchène , qui choisit dignement sa mort  ( p 261) - Conte ( Petit Midrash) remarquable .

    Yakov : le petit juif qui jouait du piano comme un dieu, mort à 12 ans ( pp 92, 103, 104, 108 )

    Pravdine Ilia Semionovich : 42 ans - commissaire politique soviétique capturé à Stalingrad. Commissaire de régiment , lieutenant colonel . Un "type trés fort". ( pages 362-370 : grande confrontation avec Max Aue , qui prend la forme d'une discussion trés vivante sur le communisme et le national socialisme ) .

    Franz Hanika : ordonnance de Max 
    Willy Partenau : amant de Max( p 179 - p193)

    Piontek : le chauffeur. Volkdeutscher de Haute Silésie , né en 1919. (pp 502, 529,778, 859 )

    Le juge Dr. Morgen : juge SS, rattaché à la Kripo ( pp 548- 551 , 554-555 , 566 (878) )

    Hélène Anders née Winnefeld : veuve . Amie amoureuse de Max (  pp 638 , 664, 671, 684, 70, 745 ) . Trés beau personnage féminin. Berlinoise blonde aux yeux foncés assymétriques et assyriens ( par assonance !) , calme , sportive , oblative. Allemande innocente des crimes de l'Allemagne nazie.

    Clemens et Weser : policiers , Kriminal-kommissären ( pp 674, 694, 760 , 767, 786, 885, 888, 893 ) .  Caricatures de policiers. Leurs noms sont empruntés à des bourreaux nazis de Dresde qui formaient un trio : Johannes Clemens , Arno Weser et Henry Schmidt ( cités par Victor Klemperer ) . Incarnent les Erinyes.

    Enfants orphelins Volkdeutschen : horde effrayante d'une soixantaine d'enfants sauvages qui s'attaquent à tout le monde, sous le commandement du jeune Adam (pp 858-863).

    1-2-8 Les personnages historiques du roman
     
    Adolf EichmannHeinrich HimmlerReinhard HeydrichRudolf Höss, Adolf Hitler, Ernst JüngerOtto Ohlendorf , Otto Rasch , Paul Blobel , Willy Seibert , Werner Braune, Adolf Ott,  Waldemar von Radetzky, Heinz Schuber, Walther Bierkamp, Kuno Callsen, Widmann , Heess , Arno Schickedanz, Gerret Korsemann,Theodor Oberländer, Reinhard Höhn.

    Les collaborateurs d'extrême droite fascistes et nazis français : Jean Bichelonne , Fernand de Brinon , Jacques Doriot.  
    Les "antisémites de plume" français : Pierre Antoine Cousteau , Léon Degrelle , Louis-Ferdinand Destouches ( Céline ) , Maurice Bardèche , Robert BrasillachPierre Drieu La Rochelle , Edouard Drumont.

    Mais aussi tous les condamnés, toutes les victimes, tous les morts, trop bien présents mais anonymes dans le roman . 



    Voir l'index onomastique de l'édition espagnole ( blog de Ferran Mir Sabaté en catalan ) 


    1-2-9 Les chapitres 

    (  Toccata et danses du XVIII ème siècle , suites allemandes de Bach )

     
    Chapitres Pages en
    collection Blanche/b
    Pages en
    collection Folio/f
    Résumé , chronologie
    Première et dernière phrases. 
    Toccata  9 à 29 13 à 43 Dans les années 70 ce texte est écrit par M. X (identité volée à un français du STO) criminel SS établi en France aprés la guerre . Cedernier rapport le lecteur en est  l'adresse mais pas le destinataire (p 16/b, p 20/f). 
    Il a des fantasmes depuis l'enfance ( p 14/b ) . Cite R. Hilberg (p 21/b, p 29/f ).
    « Frères humains, laissez-moi vos raconter comment ça c'est passé.»





    « Allons, puisque je vous dis que je suis comme vous!»

    Allemandes I et II    31 à 311 47 à 484 [ Hitler déclenche l'opération Barbarossa le 4 juin 1941] 

     Ukraine / 27 juin 1941 - février 1942 

    Au début Aue est un bureaucratejuriste étroit, pas assez actif (p 61). Son rapport  sur la France est mal reçu. Son ami Thomas le fait entrer au SD.  Les Einsatzgruppen pendant la campagne des Balkans vont nous plonger au fond de l'horreur criminelle. Les tueries sont éprouvantes pour le lecteur et pour les tueurssurmenés (pp 124, 125 ). Le narrateur possède le recul nécessaire. Les juifs sont exécutés en masse au fur et à mesure de la progression vers l'est (100 000 selon Thomas ). L'amateurisme des tueurs est progressivement corrigé. Les images font penser aux représentations d'Otto Dix. Les pendus de Kharkov (pp 160 ,161, 162, 163, 170,171) . Repos en Crimée Crimée /  mars- avril 1942 . Les Bergjuden du Caucase ( «la montagne des langues» ) sont-ils juifs de sang ou de culture ? Enquête anthropologico - biologico-linguistique (Dr Voss , Frau Dr Weseloh). Univers à la Steiner. Nahum ben Ibrahim représente toute la culture face à la barbarie ( pp 261, 265). Max défend les thèses de Voss : les Berjuden devraient être épargnés. Voss est tué par le père d'une jeune fille locale.  Max est sanctionné par Bierkamp qui l'envoie à Stalingrad  Caucase / mai - décembre 1942 
    « A la frontière on avait jeté un pont flottant.»



























    « Finita la commedia.»
     

    Courante   313 à 395 487 
    à 613
    [20 aout 1942  : début de la bataille deStalingrad ]  Stalingrad / décembre 1942 - janvier 1943  : la Volga , le Kessel. Baptème de l'air trés chaud. La situation est catastrophique pour les Allemands encerclés.
     Noël 1942 . Ivan Vassilievich Pravdine , prisonnier commissaire de régiment , et Max dissertent sur le communisme et le national-socialisme, comme sur un plateau de télévision, mais au milieu de l'Apocalypse.
    [13 janvier 1943 Hitler proclame la «guerre totale » 
    p 379, ligne 16 : Hauser est éventré par des éclats d'obus. p 383b , ligne 13, le 21 janvier 1943 : Aue est touché par la balle d'un sniper mais le rythme de l'écriture est inchangé. Le récit se passe dans l'inconscience du narrateur. Le Dr Sardine est un capitaine Némo antisémite français ( avatar de Céline ).
    [ 2 février 1943:  victoire soviétique à Stalingrad - capituation de la VI ème armée allemande de F. Paulus ]
    «Alors je pris le train à Minvody et je m'acheminai péniblement vers le nord.»















     
    « Au fond de l'allée, entre les rangs de cavaliers empaillés sur leurs montures, ma soeur avançait d'un pas égal.»
    Sarabande   397 à 491 617 
    à 763
    Février 1943- Fin avril 1943 Sortie du coma (au Nord de Berlin ) et rencontre rapide avec Himmler et Kaltenbrunner. Repos en Poméranie (Ile de Usedom ) . Février et mars 1943. 3 mois de congés à Berlin (p 408b ) . Rencontre avec Mandelbrod, Eichmann, Best. Part à Paris  avril 1943 (p 460 ) puis à Antibes ( p 475b). Mort mystérieuse de sa mère et de son beau père le 28 avril 1943 ( p 489). Matricide ?  «Pourquoi tout était-il si blanc? »




    « Je rappelai le bureau de Mandelbrod et laissai un message.»
    Menuet 
    ( en rondeaux )
     493 à 791 767 
    à 1234
    Mai - juin 1943 Max Aue est chargé, par Himmler,  d'optimiser la force de travail desHäftlinge ( détenus de camps de concentration ) . Relations avec Adolf Eichmann. Description des camps d'extermination : Belzec , Sobibor, Auschwitz
     juillet 1943 . Ses rapports bien étayés , sont plus ou moins bien reçus par  la hiérarchie. Rencontre Speer.  aout - octobre 1943  Berlin bombardée par les alliés .  Posen et Cracovie / 6 et 7 octobre 1943  Le secret , les intrigues , la corruption , les défaites, la fatigue minent Max trentenaire  octobre 1943  qui rencontre Hélène, une femme d'exception.  Berlin / octobre 1943 - mars 1944 
    2 policiers enquêtent sur la mort de sa mère et de son beau père.
     Mathausen ,  Budapest / mars - avril 1944Berlin / avril à juin 1944 , Auschwitz juin-juillet 1944 Berlin juillet-octobre 1944 Juillet 1944 Max souffre d'une fièvre typhoïde. Préparation de la solution finale en Hongrie.  Hongrie/ octobre - novembre 1944 Auschwitz décembre 1944 - janvier 1945 Berlin  janvier - février 1945 
    « Ce fut Thomas, vous n'en serez pas surpris, qui m'apporta le pli.»




















    «La maison était au fond.»
    Air    793 à 837 1237
    à1303
    Février et mars1945 - Commotionné à Berlin Max a un congé. Séjour de un mois en Poméranie dans la maison des Von Üxküll. Rêveries solitaires et fantasmes érotiques sur sa relation incestueuse.Désespoir érotique du héros. L'écriture est portée par un souffle obsessionnel douloureux. L'image (hallucinée) de l'esprit féminin gît dans la neige. « La maison était fermée .»





    « Mais non, elle continue encore.»
    Gigue    839 à 894 1307
    à 1390
    Mars 1945 Fuite de Max , Thomas , Piontek devant l'avancée des Bolchéviques. Scènes de massacres . Max tue un veillard qui joue L'Art de la fugue. Menacés par des enfants sauvages et hostiles . Mars et avril 1945Retour à Berlin détruite. Max tue un diplomate  homosexuel. Rencontre avec Hitler. Emprisonné, évadé, puis rattrapé par la police criminelle ( 2 ans aprés le meutre de sa mère) le 28 avril 1945
    Fin du récit dans le métro inondé, puis le Zoo de Berlin dévasté. [ Rappel historique : Hitler se suicide le 30 avril 1945 ]
    « Thomas me trouva assis sur une chaise, au bord de la terrasse.»







    « Les Bienveillantes avaient retrouvé ma trace.»
    Appendices  897 à  905 1393
    à1403
    Glossaire  et équivalence des grades  

    1-2-10 Au delà du Bien et du Mal : le Réel

     Ceux qui ont essayé de témoigner de l'horreur et de l'innommable Réel se sont heurtés à une difficulté touchant à l'impossible. L'impossible «est la distance infinie à combler par le langage » ( Maurice Banchot ) 

      L'ensemble du roman de Jonathan Littell laisse une béance avec le Réel ( qui engendre chez le sujet une horreur absolue et une jouissance qui défont sa pensée ), d'où jaillissent de la dentelle noire, une main tendue en guise de papier hygiénique, un gant de femme abandonné sur le bord d'une fenêtre, des fourmis qui entrent dans les crématoires ( « ... à l'intérieur , tout était noir et silencieux » ) , une horreur douceâtre qui engendre des rêves et des angoisses chez le narrateur , un malaise complexe chez le lecteur . 

     
      Ce livre de 900 pages en collection blanche , de 1400 pages en édition de poche va accompagner le lecteur sur plusieurs jours , voire plusieurs semaines. p 11(13) «Ça risque d'être un peu long, après tout il s'est passé beaucoup de choses, mais si ça se trouve vous n'êtes pas trop pressés, avec un peu de chance vous avez le temps.» C'est une expérience de lecture qui peut permettre à certains lecteurs de régler leur rapport avec ce Réel. Jonathan Littell fait partie de ces personnes qui ont été touchées , écornées par le Réel , et qui sont capables de le transmettre. Il essaye d'en rendre compte alors que les derniers témoins disparaissent. La raison historique ne permet pas d'approcher cette horreur de manière totalement satisfaisante. Il faut savoir dépasser une première approche du roman de Littell qui serait celle de la perversion. Il s'agit pour le lecteur de se situer par rapport à un événement majeur de l'humanité qu'il s'agit de nommer un «trauma » et que tout un chacun doit traverser, qu'il soit juif ou non, parce que notre monde occidental actuel s'est fondé sur ce Réel de l'extermination p 11(13) « Et puis ça vous concerne : vous verrez bien que ça vous concerne ». p 15 (19) « Même un homme qui n'a pas fait la guerre, qui n'a pas eu à tuer, subira ce dont je parle.»

     
    1-2-11 Le roman de J. Littell emprunte à plusieurs genres narratifs

      L'écriture est classique mais forte. La maîtrise narrative ne faiblit à aucun moment. Du roman-feuilleton au jeu vidéo de plates-formes en passant par l'épopée, le pastiche, les gags, les descriptions naturalistes, les descriptions gore, l'interpellation, les dialogues serrés, les conversations et les soliloques , les réflexions philosophiques , l'anachronisme,  le texte emprunte à plusieurs genres narratifs . L'intertextualité foisonne. Au delà de ce qu'apportent les archives historiques sur la violence nazie, la structure du roman est bâtie sur l'entrecroisement de formes et de signifiants musicaux , plus ceux du mythe de l'Orestie , plus ceux des effets désastreux de la raison à la dérive , plus ceux de la subjectivité , des rêves , des fantaisies ( fantasmes ). Littell laisse à dessein des trous dans la narration. Je n'y vois pas un jeu intellectuel. Ils représentent la béance impossible à combler par le langage. Ils empêchent une suture définitive des interprétations. Il faut souligner la profonde ironie de certaines sections narratives ( Annick Jauer a fait de ce repérage un excellent article ).



  • L'Exposition coloniale

    ERIK ORSENNA : L'EXPOSITION COLONIALE

    L'exposition coloniale est un roman de Erik Orsenna publié en juin 1988 sur le thème de la colonisation, qui lui a valu l'attribution du prix Goncourt.

    Louis est un garçon obéissant et sa mère Marguerite voudrait qu'il devienne administrateur colonial. Il acquiesce bien sûr comme d'habitude, se prépare, se documente entre deux aventures sentimentales, mais au moment de partir, il ne peut s'imaginer dans ces pays lointains, prend peur devant la concrétisation de ce projet qu'au fond de son cœur p il a toujours repoussé et il refuse finalement de s'embarquer. Et c'est son fils Gabriel, futur héros de deux autres romand d'Erik Orsenna, "Grand Amour" en 1993 et "Longtemps" en 1998, qui réalisera enfin le rêve de sa grand-mère. Alors commence l'histoire d'un héros ordinaire qui se passionne pour les hévéas, le caoutchouc et les pneumatiques.

    Erik Orsenna nous parle de Gabriel né en 1883, son enfance à Levallois, son amour pour deux sœurs Ann et Clara, figures de cette exposition coloniale qui est pour l'auteur " Un faux empire, des rêves trop grands, un spectacle pour les familles. " Elles lui feront visiter le monde en rêves et "appris des vérités insoupçonnées, par exemple que le caoutchouc ressemble à la démocratie, que sans bicyclettes jamais nous n'aurions perdu Diên Biên Phu, ou que les chagrins d'amour sont plus doux que la jungle... "

    "Cinq cents pages de sourires, de fous rires, et pas une méchanceté ! Rien qu'une cavalcade de cocasseries affectueuses, une gourmandise constante pour les douceurs de la vie !..."

  • Pont aérien de la CIA pour armer les « rebelles syriens ;»

    par Manlio Dinucci

    La main droite des États-Unis ne voit pas ce que fait sa main gauche. Alors que le secrétaire d’État John Kerry déclare à qui veut l’entendre que Washington ne livre pas d’armes aux Contras qui attaquent la Syrie, une enquête du New York Times montre qu’au contraire, c’est la CIA qui organise le trafic.

    Réseau Voltaire | Rome (Italie) | 29 mars 2013
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    Dans la guerre secrète en Syrie, on découvre désormais les cartes. Après que le centre de Damas a été touché par des projectiles de mortier et des missiles qui ont tué plusieurs civils, le commandant « rebelle » Abou Omar, revendiquant le mérite de l’action, a déclaré au New York Times que « les groupes rebelles autour de Damas ont été renforcés par de nouvelles fournitures d’armes à travers la Jordanie avec l’assistance américaine » [1]. Une enquête de ce même journal confirme ce que nous écrivons depuis longtemps : l’existence d’un réseau international, organisé par la CIA, à travers lequel un flux croissant d’armes arrive aux « rebelles syriens » [2].

    Depuis des centres opérationnels appropriés, des agents de la CIA pourvoient à l’achat d’armes avec des financements (de l’ordre de milliards de dollars) concédés principalement par l’Arabie saoudite, le Qatar et autres monarchies du Golfe ; ils organisent ensuite le transport des armes en Turquie et Jordanie à travers un pont aérien, puis les font enfin parvenir, à travers la frontière, aux groupes en Syrie, déjà entraînés dans les camps installés à cet effet en territoire turc et jordanien.

    Depuis que l’opération a commencé en janvier 2012, au moins 3 500 tonnes d’armes, selon une estimation par défaut, ont ainsi été transportées par pont aérien. Les premiers vols ont été effectués, par des avions militaires de transport C-130, du Qatar en Turquie. Depuis avril 2012 ont été utilisés de gigantesques avions cargos C-17, fournis par le Qatar, qui ont fait la navette entre la base aérienne d’Al-Udeid et celle turque d’Esenboga. Détail non négligeable : la base aérienne qatarie d’Al-Udeid abrite le quartier général avancé de l’US Central Command, avec un personnel de plus de 10 000 militaires, et fonctionne comme hub pour toutes les opérations au Proche-Orient. Dans ses dépôts sont stockés des armes de tous types, y compris certainement aussi celles non made in USA, plus adaptées pour les opérations secrètes. Depuis octobre 2012, des avions jordaniens C-130 ont atterri dans la base turque d’Esenboga, pour charger des armes à transporter à Amman pour les « rebelles syriens ».

    En même temps, des avions cargos jordaniens ont commencé à faire la navette avec Zagreb, en transportant à Amman des matériels d’arsenaux croates achetés avec les financements saoudiens. Pour cette opération on utilise de gigantesques avions Iliouchine de la Jordanian International Air Cargo. Depuis le mois de février 2013, aux vols des avions cargos qataris et jordaniens se sont ajoutés des saoudiens, effectués par des C-130 qui atterrissent sur la base turque d’Esenboga.

    Malgré les démentis de Zagreb, l’enquête a amplement documenté l’engagement de la Croatie dans ce trafic international d’armes, dirigé par la CIA. Un acte méritoire pour la Croatie qui, pour son rôle dans la désagrégation de la Yougoslavie, a été récompensée par son admission dans l’Otan en 2009. À présent, en participant à l’opération pour la désagrégation de la Syrie, elle acquiert de nouveaux mérites aux yeux de Washington. Et ceci à la veille de son admission dans l’Union européenne, dont elle deviendra le 28e membre en juillet prochain. Elle pourra ainsi joindre sa voix à celle de l’Union européenne qui, tandis qu’elle renforce l’embargo des armes à l’égard du gouvernement syrien, déclare vouloir « atteindre une solution politique qui permette d’arrêter le massacre et autorise la fourniture d’aides humanitaires rapides et efficaces, avec une attention particulière pour les enfants ».