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Empire

  • Qui menace la paix mondiale ?

     La réponse varie d’un pays à l’autre

    Pierre Haski | Cofondateur Rue89

    C’est une carte intéressante sur les perceptions des menaces : l’Institut Gallup a interrogé 64 000 personnes dans 65 pays, et leur a demandé de nommer le pays qui menace le plus la paix mondiale.

    Le nom qui revient le plus souvent : les Etats-Unis...

    L’étude est reprise ce dimanche par le compte Twitter Amazing Maps, sans autre précision. Mais elle a été effectuée en 2013, publiée à la toute fin de 2013, avant l’émergence de l’Etat islamique autoproclamé, qui n’est pas un pays proprement dit, mais est devenu une véritable menace sur plusieurs continents grâce à ses « franchises ».

    Cette réserve montre paradoxalement les évolutions géopolitiques du monde. Ainsi, les Etats-Unis considèrent sur cette carte que l’Iran est la principale menace à la paix, alors qu’ils sont en train de négocier avec les représentants de Téhéran un accord décisif sur le nucléaire, que leurs relations se sont dégradées avec la Russie, et qu’ils sont en guerre avec les djihadistes en Irak et en Syrie...

    La mauvaise nouvelle pour les Etats-Unis et qu’ils arrivent en tête des menaces dès leur frontière sud, et dans toute l’Amérique latine. Ils sont également perçus comme une menace à la paix mondiale chez certains de leurs alliés, comme l’Australie, l’Allemagne, l’Espagne ou les pays scandinaves. Et, de manière plus prévisible, en Chine et en Russie.

    Mais les Français, que l’on dit généralement anti-américains, ont changé, et, si l’on en croit cette étude d’opinion, ne placent pas les Etats-Unis, mais la Syrie comme principale menace à la paix mondiale, sans que l’on puisse savoir s’il s’agit du régime ou de son opposition djihadiste.

    Enfin, les Polonais placent sans surprise la Russie en tête des menaces, et ça n’a pas dû s’arranger depuis, avec le développement de la crise ukrainienne.

    Quelques micro-climats :

    • les Kényans mettent la Somalie en tête des menaces, visant vraisemblablement les Shebabs somaliens, le groupe islamiste qui a commis des attentats sur le sol kényan ;
    • les Coréens du Sud, sans surprise, mettent la Corée du Nord en tête des menaces ;
    • le Vietnam et le Japon nomment la Chine comme menace, ce qui ne surprendra non plus personne.

    L’attitude des trois pays du Maghreb est également intéressante : Tunisie et Maroc nomment Israël, tandis que l’Algérie place les Etats-Unis en tête.

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  • Biopiraterie

    Biopiraterie : comment des entreprises privées menacent de s’approprier des semences et des plantes

     
         

    Aider les chercheurs à cataloguer des semences, et se retrouver ensuite privés du droit de les planter : c’est la menace qui pèse sur les paysans français. Des entreprises privées nouent des partenariats avec des instituts de recherche publique pour collecter des graines dans les champs des éleveurs et des cultivateurs. Puis déposent des brevets, qui privatisent l’utilisation future de ces plantes et de leurs vertus, grâce à des failles réglementaires qui permettent aux multinationales de s’accaparer la biodiversité. « Aujourd’hui, un paysan qui partage ses ressources génétiques avec la recherche n’est plus protégé », dénonce la Confédération paysanne. Enquête sur ces nouveaux risques de biopiraterie.

    « On veut mutualiser nos semences, pas se les faire voler ! Non aux brevets sur le vivant ! ». Déguisés en bagnards, boulets aux pieds, une dizaine de paysans déambulent dans les allées du Salon de l’agriculture ce 23 février. Direction, le stand de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Pourquoi cet institut de recherche est-il dans la ligne de mire de la Confédération paysanne ? Tout a commencé par un banal coup de fil. Jean-Marc Arranz, animateur à la Chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques, est contacté au printemps 2014 par un centre de ressources génétiques (CRG), basé à Lusignan en Poitou-Charentes. Il a déjà entendu parler de cette « banque publique de graines » rattachée à l’Inra. Ce centre collecte, répertorie et stocke des échantillons de plantes et de graines. Ses chercheurs s’intéressent justement aux semences pyrénéennes et « souhaitaient discuter des modalités d’une collecte de graines chez des éleveurs », explique Jean-Marc Arranz.

    Les éleveurs donnent leur accord sur le principe, mais certains s’inquiètent d’un risque de biopiraterie : quelles sont les garanties que, suite à la collecte de l’Inra, des entreprises privées ne brevettent les caractéristiques des plantes identifiées qui deviendront ainsi leur propriété ? « Nous ne voulons pas nous retrouver dans la situation des éleveurs en Italie : il y a eu un prélèvement de trèfle dans la montagne et des entreprises sont venues ensuite réclamer des royalties aux paysans. C’est ce qui s’est aussi passé pour le riz basmati en Inde », craint Pascale Rey, éleveuse laitière installée en vallée d’Aspe. Une discussion s’engage entre les éleveurs de la Chambre d’agriculture et le CRG. Rapidement, l’échange bute sur quelques détails pour le moins... épineux.

    Lire la suite de l’article sur bastamag.net

  • MEURTRE DE TROIS MUSULMANS

    COMMENT TWITTER A FORCÉ LES MÉDIAS À S'INTÉRESSER AU MEURTRE DE TROIS MUSULMANS AMÉRICAINS

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    Les médias ont-ils failli dans leur couverture de la tuerie de Chapel Hill, en Caroline du Nord, où trois musulmans ont été abattus par un voisin mardi 10 février en fin d’après-midi ? Difficile d’en douter à en croire les centaines de milliers de messages sur Twitter condamnant la sous-médiatisation d’un meurtre possiblement islamophobe.

    Trois morts sur un campus américain, et une polémique internationale. Mardi peu après 17 heures, une étudiante de 21 ans, sa sœur et son mari sont assassinés sur un campus de Caroline du Nord par un voisin de 46 ans, Craig Stephen Hicks. Ce qui pourrait ressembler à un fait divers habituel aux États-Unis, s’est transformé dès le lendemain en un débat qui déborde des frontières américaines. Le fait que les trois victimes soient musulmanes, et que le tueur se présente sur Facebook comme un "athée militant" ont d’abord posé la question du motif, potentiellement raciste et islamophobe du triple homicide. Surtout, la faible couverture médiatique a provoqué hier, mercredi 11 février, un véritable tollé aux États-Unis.


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    Le tueur Craig Hicks postait très régulièrement sur son mur Facebook des images anti-religions, mais aussi des photos de ses armes et des images en faveur des droits des homosexuels. Ici : "Si tu penses que tu pourras profiter du paradis pendant que la multitude est torturée pour toujours... alors tu es autant un sociopathe que le dieu que tu adores."

    Il faut dire que mercredi matin, aucune des chaînes nationales d’info américaines ne faisait ses titres sur la mort de Deah Shaddy Barakat, 23 ans, sa femme Yusor Abu-Salha, 21 ans, et la soeur de cette dernière, Razan Abu-Salha, 19 ans. Les premiers détails des meurtres étaient pourtant sortis dès mardi 18h dans la presse locale, après que le tueur s’était rendu de lui-même aux autorités. Résultat, des milliers de personnes sur Twitter ont fustigé cette absence de traitement médiatique derrière le hashtag #MuslimLivesMatter ("la vie des musulmans compte", en référence au hashtag utilisé après Ferguson) et #ChapelHillShooting (utilisé plus d’un million de fois depuis mardi).

    Tweet1

    "S'il s'agissait d'un tireur musulman qui avait tué 3 athées, les titres «ATTAQUE TERRORISTE» seraient sur toutes les Unes"

    Chapel

    "La tuerie de Chapel Hill a eu lieu il y a plus de 9 heures. Toujours pas de couverture par CNN, Fox News, MSNBC et les principales chaînes"

    Et les réactions n’étaient pas cantonnées aux États-Unis. Dans une tribune publiée par Al Jazeera tôt mercredi matin, le professeur de communication canadien Mohamad Elmasry estime ainsi que Chapel Hill montre à quel point les médias occidentaux ont un problème avec les musulmans. "Les médias vont probablement dépeindre le tueur comme un fou isolé, comme ils le font pour la plupart des criminels islamophobes […] Il y aura surement très peu d’indications sur le fait que le tueur aurait agi sur la base d’une idéologie, d’un problème plus large. Et si les violences anti-musulmans étaient en fait la conséquence d’une certaine idéologie occidentale actuelle ? Et si l’islamophobie était devenu tellement évidente, tellement acceptée, qu’elle représente maintenant un système de pensée dominant, ou au moins partagé par de larges poches de populations dans certaines régions ?", analyse le chercheur, citant plusieurs études ayant montré que les musulmans sont le plus souvent désignés comme un groupe homogène d’individus violents ou menaçants dans les médias occidentaux. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire le lien entre le peu d’intérêt des médias américains pour la tuerie de Chapel Hill et le silence occidental face au "nettoyage ethnique" dont sont victimes les musulmans de Birmanie.

    Plus on dépeint une communauté comme étrangère, comme une menace, plus on risque de les déshumaniser. Et c’est ce qui se passe, à tel point que quand ils se font tuer, il n’y a pas de désir de leur donner la même attention qu’à d’autres victimes de la terreur", analysait de son côté une militante associative anglaise, Sabbiyah Pervez, dans une tribune pour le journal britannique The Independant.

    24 HEURES PLUS TARD, FOX NEWS ET CNN ONT OUBLIÉ CHAPEL HILL

    Pour d’autres, cette très faible couverture pourrait s’expliquer en partie par le fait que les homicides ont coïncidé avec la confirmation par Obama de la mort d’une otage américaine en Syrie mardi après-midi. Une mort qui occupait alors la quasi-totalité des chaînes d’info en continu. Surtout, le site américain Mashable note que la forte mobilisation des réseaux sociaux a finalement convaincu ces chaînes de se pencher sur Chapel Hill. "Le meurtre de trois étudiants musulmans américains est désormais la principale information de CNN et Fox News après que #MuslimLivesMatter et #ChapelHillShooting soient repris au niveau international", précisait ainsi la journaliste de l’AFP Sarah Hussein mercredi en fin de matinée. Elle notait également que le nom des victimes n’a été connu que vers 4 heures du matin heure de New York, ce qui pouvait expliquer selon elle que les chaînes n’aient pas ouvert sur Chapel Hill. Un problème accentué par le décalage horaire pour les Européens : en Europe, certains s'impatientaient mercredi après-midi de l'absence de couverture de Chapel Hill, alors que les chaînes américaines ont traité la tuerie "dès" mercredi dans le courant de la matinée (heure locale).

    CNN

    Sujet de CNN sur le meurtre de Deah Barakat, Yusor Abu-Salha et Razan Abu-Salha, mercredi après-midi

    Mais 24 heures après les premiers sujets, les chaînes d’info étaient déjà passées à autre chose. Ainsi, si la tuerie de Chapel Hill figure encore aujourd'hui en bonne place sur la plupart des sites d’infos américains (comme sur le New York Times, ou leWash Post), les chaînes TV ne semblent toujours pas vraiment convaincues de l’intérêt du sujet. Sur CNN, les titres au moment d’écrire ses lignes vont de l’accord Russie/Ukraine au procès de DSK en passant par la condamnation d'une héritière de Korean Air, mais ne mentionnent pas les trois homicides. Idem sur Fox News, qui consacre pourtant un sujet (brulant) à un "étonnant bateau, échoué… en plein Boston !" suivi d’un débat (forcément polémique) sur la dangerosité de "sniffer du chocolat" (promis, on n’invente rien).

    ET EN FRANCE ?

    En France, aucun des deux grands JT n’a consacré de sujet hier soir à Chapel Hill et les chaînes d’infos en continu s’en tiennent aujourd’hui à une couverture minimale… sur leurs sites. Du côté de la presse écrite, si la plupart des sites ont relayé la tuerie en se fondant notamment sur une dépêche AFP (et certains les polémiques qui ont suivi), le triple assassinat de Chapel Hill n’est quasiment jamais en page d’accueil. Un trop plein d’actu ? 20Minutes.fr a pourtant trouvé la place pour faire figurer en une le portrait d’un homme de 109 ans qui tricote des pulls pour des pingouins. Une information qui n’intéresserait que les Américains ? Peu probable puisque le mot clé "#ChapelHillShooting" compte aujourd’hui parmi les plus utilisés en France sur Twitter.


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    En plus d'une sous-médiatisation, un deuxième reproche était adressé aux médias sur Twitter : la réticence à évoquer d’éventuels motifs islamophobes alors qu’ils font preuve de moins de prudence dans le cas de violences d’individus présumés islamistes. "Pourquoi personne n'a parlé d'un acte de terrorisme à propos de cette fusillade ? Les victimes sont-elles de la mauvaise religion ?" s’est ainsi interrogé un responsable de l’organisation "American-Arab Anti-Discrimination Committee".

    En cause notamment, la mention par les médias de l’information selon laquelle la tuerie trouverait ses origines dans une dispute autour d’une place de parking, communiquée par la police, plutôt que des motifs religieux ou politiques. Sauf que, comme le note le rédacteur en chef du magazine Muslim American, cette "dispute" entre voisins n’invalide en aucun cas l’hypothèse d’un crime raciste et/ou islamophobe. Dustin Barto souligne ainsi que les deux femmes étaient clairement "identifiables" comme musulmanes et que le niveau de violence permet de douter d'une simple querelle liée à une place de stationnement. Dans une interview, le chef de la police de Chapel Hill avait d'ailleurs bien précisé qu'il n'excluait pas qu'il puisse s'agir d'un crime raciste ("hate crime" en VO). Et les premiers éléments sur la personnalité de Craig Hicks publiés par des sites internet montraient bien à quel point il semblait quasi-obsédé par la religion.

    "CET HOMME S’EN EST DÉJÀ PRIS À MA FILLE ET SON MARI PLUSIEURS FOIS"

    Surtout, le père d’une des victimes a vivement rejeté cette explication : "Ce n’était pas une dispute à propos d’une place de parking ; c’était un crime raciste. Cet homme s’en est déjà pris à ma fille et son mari plusieurs fois, et il leur parlait avec son pistolet à la ceinture. Ils étaient mal à l’aise avec lui, mais ils ne savaient pas qu’il irait aussi loin", a expliqué Abu-Salha à la presse. Il affirme par ailleurs que sa fille avait déjà fait part de ses craintes à sa famille en parlant d’un "voisin haineux" : "Je le jure, il nous hait pour ce que nous sommes et notre apparence", lui aurait-elle confié avant le drame.

    S’il est encore difficile de confirmer ou infirmer définitivement les motifs racistes du tueur, certains se sont en tout cas déjà fait leur avis. Peu de temps après l’annonce de la tuerie, des messages de "remerciement" adressés au tueur pour son acte "courageux", ont ainsi été repérés sur Facebook et Twitter (même si comme toujours, il est difficile de connaitre l’ampleur et l’origine exacte de ces messages de haine).


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    D’autres, comme le magazine américain de centre gauche américain The New Republicpointent plutôt du doigt un "nouvel athéisme" agressif, particulièrement envers l’islam, et dont la tuerie symboliserait les dérives. Tout ça avant même que les motifs des meurtres ne soient encore établis.

     
  • Le mensonge en mondovision de Powel

    Psychanalyse du réflexe de crédulité

     
    Collin Powell à l'ONU

    Collin Powell, le 5 février 2003, devant le Conseil de Sécurité de l’ONU

    L’erreur à répétition de la grande majorité grégaire des humains sensibles de cette planète est ce réflexe inconscient, pavlovien, de recours systématique aux émotions face à n’importe quel événement porté à leur connaissance.

    La technique est simple et fait appel aux fondamentaux de l’ingénierie sociale et aux mécanismes de fabrication du consentement désormais célèbres grâce à Noam Chomsky etEdward Herman (La fabrication du consentement, Agone, 2008), mais aussi à Guy Debord et au mouvement situationniste avant eux. Citons les travaux de Walter Lippmann (Public opinion, 1922) et du neveu de FreudEdward Bernays(Propaganda, 1928, traduction: Zones, 2007) dans les années 1920, sur l’ingénierie du consentement et la manipulation de l’opinion publique institutionnalisée, théories qui influenceront plus tard Joseph Goebbels et le régime nazi…
    Maintenant que nous avons notre point Godwin, nous allons pouvoir entrer dans le vif du sujet.

    « L’ingénierie du consentement est l’essence même de la démocratie, la liberté de persuader et de suggérer. »  –  Edward L. Bernays dans The Engineering of Consent

    Cortex, limbique, reptilien : les 3 cerveaux humains

    Cortex, limbique, reptilien : les 3 cerveaux humains

    Les méthodes modernes d’information (ou de désinformation) nous suggèrent le seul recours systématique à notre cerveau limbique, siège de nos émotions, nos réactions grégaires et nos comportements primitifs, par l’intermédiaire de stimuli liés à la mise en situation de l’information.
    Cela nous rappelle effectivement le mécanisme de défense théorisé par Freud appelé projection.
    Ce mécanisme terriblement efficace aujourd’hui permet à l’individu « menacé » de se sortir d’une situation émotionnelle vécue comme intolérable par lui, de s’acquitter d’un traitement complexe générateur de stress, puis de passer à un autre sujet. Dans ce processus, les informations mises en scène ou en situation, de façon plus ou moins médiocres, sont perçues comme des stimuli prenant la forme de signaux de danger pour la survie de l’individu.
    Pourquoi ?
    L’individu en société a-t-il perdu toute capacité de raisonnement personnel ?
    L’analyse comportementale d’une masse d’individus soumis à des informations imagées et sonorisées nous ramènent systématiquement aux comportements instinctifs les plus primitifs de l’homme, les moins gratifiants, avouons-le.
    Les fondations de l’affect de l’individu ponctuellement désarçonné sont ébranlées par un recours quasi religieux à la croyance. En qui avoir foi ? Qui croire ? Dans les mains de qui faut-il remettre son sort ?
    En bref, la porte ouverte à une crédulité potentiellement sans limite.

    Les processus sont particulièrement bien rodés.

    Les individus sont mis dans une situation de stress où il leur est demandé de faire un choix (totalement fabriqué, binaire et manichéen) parmi le peu qui leur sont offerts. Ce choix est même orchestré de moins en moins savamment de manière à ce qu’une seule et unique issue s’impose d’elle-même au nom de notions universelles nobles et indiscutables : sauver l’humanité d’un danger, apporter la démocratie, libérer un peuple de son tyran… Nous l’avons tous entendu ce principe de « guerre juste » ou encore de « droit d’ingérence », spécialement remis au goût du jour pour le premier et inventé pour le second afin de justifier des actions militaires particulièrement douteuses au regard du droit international.

    Vietnam, Golfe, Irak – Des impostures états-uniennes au service de la « guerre juste »

    Pas besoin de remonter bien loin : je vous renvoie aux médiocres entretiens de la télévision américaine mis en scène autour de la famille de James Foley (le journaliste « décapité »), ou encore auparavant à la mise en scène dite des «couveuses du Koweit » en 1990.

    Quoi qu’il en soit, l’individu « déconditionné » voit ce genre de spectacle, où l’humain est rabaissé au rang de bête stupide, d’un œil perplexe.

    « Non ! L’homme n’est pas si bête ? »

     Evidemment, la masse portera son choix du sauveur sur le menteur le plus convaincant, qui aura apporté des informations minutieusement choisies, souvent ignorées d’elle. Celle-ci face à une situation complexe à analyser et à traiter donnera son quitus grégaire au plus éloquent des faussaires, à celui qui lui évitera d’avoir à réfléchir, dans ce qui représentera un lumineux ersatz de spectacle, avec son décorum, ses codes et ses grossières mises en situation, spectacle souvent scénarisé et sponsorisé pour des questions de rentabilité de la société du spectacle. Même la plus grande des escroqueries doit entrer dans une grille.

    Cela va sans dire, mais ça sonne tout de même mieux quand c’est dit : pour prospérer, le système a besoin de faire passer des idéologies à la masse laborieuse.
    Le terrorisme, internationalisé à coup de milliards et relayé en dolby surround 5.1 et 1080p par les médias dominants, est aujourd’hui l’exemple le plus parlant de fabrication du consentement.

    Tous ces mécanismes n’auraient pourtant aucune emprise sur des cerveaux totalement affranchis de leur conditionnement social.
    Le prolifique Jiddu Krishnamurti, à travers son incroyable catalogue d’ouvrages, conférences et causeries, reste sans nul doute un auteur de référence sur ce thème.
    Citons par exemple Se libérer du connuL’Esprit et la pensée ou encore L’éveil de l’intelligence.
    Hermann Hesse, lui aussi, nous décrit les écueils du samsara dans son roman Siddhartha.
    Siddharha est un Bouddha qui prendra conscience à travers son voyage initiatique que la roue du samsara représente 3 poisons majeurs de la vie : l’ignorance, la haine et l’orgueil, s’enchaînant cycliquement dans la vie, telle une expérimentation inconsciente de notre nature animale.

    Ce schéma que je vous propose ne représente que les fondations élémentaires de l’ingénierie du consentement. Je ne suis ni écrivain, ni intellectuel. Il se déduit simplement de l’analyse des comportements d’individus qui nous entourent.
    Ce mode de fonctionnement est tellement classique qu’il semble être devenu avec les décennies le mode de fonctionnement normal des cerveaux humains.
    Là encore, pourquoi ce retour aux réflexes primitifs et archaïques de notre système cognitif ?
    Le recours au réflexe de survie avant toute analyse critique.
    Sommes-nous devenus des animaux « pré-historiques » ?

    Jérôme & Galil

     

  • La CIA et ses expériences sur les "souris/humains"

    La CIA n’a pas seulement torturé, elle a procédé à des expériences sur des êtres humains

     

    guantanamo-2-300Par Lisa Hajjar, le 16 décembre 2014

    Qualifier les techniques d’interrogatoire de la CIA comme étant en violation de l’éthique médicale et scientifique est peut-être le meilleur moyen d’obtenir que les coupables aient à répondre de leurs actes.

    L’expérimentation humaine était un aspect central du programme de torture de la CIA. La nature expérimentale des techniques d’interrogatoire et de détention est clairement évidente dans le résumé de synthèse du rapport d’enquête du Comité du Sénat [US] sur le Renseignement, malgré des omissions (sur lesquelles la CIA a insisté) destinées à opacifier les lieux où se trouvent ces laboratoires de science de la cruauté, ainsi que les identités des auteurs.

    Il y avait deux psychologues recrutés par la CIA à la barre de ce projet d’expérimentation humaine, James Mitchell etBruce Jessen. Ils ont conçu des protocoles d’interrogatoire et de détention qu’ils ont, parmi d’autres, appliqué à des personnes emprisonnées dans les « black sites » (sites noirs’, ndlr), des endroits secrets gérés par l’agence.

    Dans sa réponse au rapport du Sénat, la CIA justifia sa décision de recruter le binôme : « Nous croyons que leur expertise était tellement unique que nous eussions été négligents de ne pas les avoir sollicités, lorsqu’il est devenu clair que la CIA allait s’engager sur le terrain inconnu du programme ». Les qualifications de Mitchell et de Jessen n’étaient pas centrées sur de l’expérience dans la conduite d’interrogatoires, des connaissances spécialisées sur al-Qa’ida ou un savoir culturel ou linguistique approprié. Ce qu’ils avaient, c’est de l’expérience dans l’US Air Force dans l’étude des effets de la torture sur des prisonniers de guerre états-uniens, ainsi que la curiosité de découvrir si les théories de « désespoir acquis » dérivées d’expériences sur les chiens pouvaient fonctionner avec des êtres humains.

    Afin d’appliquer ces théories, Mitchell et Jessen ont supervisé ou se sont personnellement livrés à des techniques dont l’intention est de produire « l’extrême faiblesse, la désorientation et l’effroi » (debility, disorientation and dread, ndlr). Leur « théorie » comportait une relation particulière entre le moyen et la fin qui n’est pas très bien comprise, comme Mitchell l’expliqua crânement lors d’une interview sur Vice News : « La raison d’être du flic méchant est de faire en sorte que le type parle au flic gentil ». En d’autres termes, les « techniques poussées d’interrogatoire » (EIT, Enhanced Interrogation Techniques, ndlr) (l’euphémisme de l’administration Bush pour la torture) ne produisent pas des informations utiles par elles-mêmes ; plutôt, elles produisent les conditions de soumission totale qui faciliteront l’extraction de renseignements utilisables.

    Mitchell, comme l’ancien Directeur de la CIA Michael Hayden et d’autres qui ont défendu le programme de torture, plaide qu’une erreur fondamentale du rapport du Sénat est le heurt induit entre les moyens (supplice de la baignoire, « ré-hydration rectale », des semaines ou des mois de nudité dans l’obscurité totale et l’isolement, et d’autres techniques conçues pour briser les prisonniers) et les fins – la collaboration fabriquée qui, affirment ces défenseurs [du programme de torture], a permis le recueil de renseignements abondants qui ont garanti la sécurité des citoyens des USA (cette affirmation est amplement et résolument contredite dans le rapport).

    Comme Les États-Uniens depuis le Beltway (coulisses du pouvoir à Washington, ndlr) jusqu’aux États-Unis profonds débattent – encore – de la légitimité et de l’efficacité des « interrogatoires poussés », il nous est remis en évidence que la « torture » a perdu sa marque d’infamie moralement répréhensible et de comportement criminel. Ceci était clair au cours des primaires présidentielles du Parti Républicain en 2012, où plus de la moitié des candidats ont juré de réintroduire le supplice de la baignoire, et aujourd’hui c’est en plein étalage. À Meet the Press (une émission TV US, ndlr) par exemple, l’ancien Vice-Président Dick Cheney, qui, fonctionnellement parlant, était tout en haut de la hiérarchie de prise de décision sur le sujet de la sécurité nationale durant les années Bush, a annoncé qu’il « le ferait encore dans la minute ».

    Personne n’a du rendre de comptes pour des actes de torture, au-delà d’une poignée de poursuites engagées contre des troupes de grade inférieur et des sous-traitants. Effectivement, l’impunité a virtuellement été garantie par le truchement de divers arrangements faustiens, parmi lesquels des mémos juridiques de « bouclier doré » écrits par des avocats du gouvernement pour la CIA ; l’immunité à postériori pour les crimes de guerre insérée par le Congrès dans la Loi de Provisions Militaires de 2006 ; la confidentialité et le secret qui entourent toujours le programme de torture, tel qu’il transpire des omissions du rapport du Sénat ; et l’attitude incitant à « regarder de l’avant, pas en arrière » qu’a conservé le Président Obama à travers chaque vague de révélations publiques depuis 2009. Une majorité aux USA, semble-t-il, en est venue à accepter l’héritage de la torture.

    La « guerre contre la terreur » n’est pas la première excursion de la CIA dans le domaine de l’expérimentation humaine. À l’aube de la Guerre Froide, des scientifiques et des médecins allemands ayant des parcours nazis d’expérimentations sur les êtres humains ont reçu de nouvelles identités et ont été amenés aux États-Unis au cours de l’Opération Paperclip. Pendant la Guerre de Corée, alarmés par la rapidité choquante avec laquelle les prisonniers de guerre US s’effondraient et se laissaient endoctriner par leurs geôliers communistes, la CIA commença à investir dans des recherches sur le contrôle mental. En 1953, la CIA a mis en place le programme MK-ULTRA, dont la phase la plus précoce comprenait de l’hypnose, des électrochocs et des drogues hallucinogènes. Le programme évolua vers des expériences de torture psychologique qui adaptaient des éléments des modèles soviétiques et chinois, dont la station debout prolongée, l’isolement prolongé, la privation de sommeil et l’humiliation. Ces leçons devinrent bientôt une « science » appliquée, au long de la Guerre Froide.

    Pendant la Guerre du Vietnam, la CIA développa le programme Phoenix, qui combinait la torture psychologique avec les interrogatoires brutaux, l’expérimentation humaine et les exécutions extrajudiciaires. En 1963, la CIA produisit un manuel intitulé « Interrogatoire de Contre-Espionnage Kubark » (« Kubark Counterintelligence Manual », ndlr) pour guider les agents dans l’art d’extraire des renseignements de sources « résilientes », par la combinaison de techniques visant à produire « l’extrême faiblesse, la désorientation et l’effroi ». Comme les communistes, la CIA évita les tactiques qui ciblent violemment le corps en faveur de celles qui ciblent l’esprit, en attaquant systématiquement tous les sens humains afin de produire l’état désiré de collaboration. Le programme Phoenix fut incorporé dans le cursus de l’École des Amériques, et une version du guide Kubark remise à jour, produite en 1983 et intitulée « Manuel d’Exploitation de Ressources Humaines » (« Human Resources Exploitation Manual », ndlr), fut diffusée vers les services de renseignement des régimes de droite en Amérique Latine et en Asie du Sud-Est, au cours de la « guerre globale contre le communisme ».

    Au milieu des années ’80, les pratiques de la CIA devinrent l’objet d’enquêtes parlementaires au sujet d’atrocités soutenues par les USA en Amérique Centrale. Les deux manuels tombèrent dans le domaine public en 1997 à la suite d’une procédure en FOIA (Freedom of Information Act, loi sur la liberté de l’information aux USA, ndlr) de la part duBaltimore Sun. Cela aura semblé être une instance unique.

    Mais nous y revoici. Ceci nous ramène à Mitchell et Jessen. Du fait de leur expérience en tant qu’instructeurs dans le programme militaire SERE (Survival, Evasion, Resistance, Escape – survie, évitement, résistance, évasion, ndlr), après le 11 septembre 2001 ils furent contactés par des hauts fonctionnaires du Pentagone, et par la suite par des avocats qui voulaient savoir si ces techniques SERE pouvaient être appliquées par ingénierie inversée sur des suspects de terrorisme afin de les forcer à parler.

    Le chemin depuis les hypothèses abstraites (SERE peut-il être appliqué par ingénierie inversée ?) jusqu’à l’usage autorisé du supplice de la baignoire et des boîtes de confinement traverse en plein milieu du domaine de l’expérimentation humaine. Le 15 avril 2002, Mitchell et Jessen arrivèrent à un black site en Thaïlande pour y superviser l’interrogatoire d’Abou Zubaydah, le premier « détenu de haute valeur » que la CIA avait capturé [dans le cadre de la « guerre contre la terreur » du Président Bush]. En juillet, Mitchell proposa davantage de techniques coercitives au QG de la CIA, et beaucoup d’entre elles furent approuvées dès la fin juillet. Dès lors jusqu’à la mise au rencart du programme en 2008, au moins trente-huit personnes furent soumises à des tourments psychologiques et physiques, et les résultats furent méthodiquement documentés et analysés. Il s’agit là de la définition textuelle de l’expérimentation humaine.

    Mon propos n’est pas de minimiser l’illégalité de la torture ou des impératifs légaux pour que les criminels répondent de leurs actes. Plutôt, parce que le concept de torture a tellement été disputé et rebattu, je suggère que les aveux des responsables seront davantage publiquement acceptables si nous recadrons le programme de la CIA dans le domaine de l’expérimentation humaine. Si nous le faisons, il deviendra plus difficile de trouver des excuses pour, ou de prendre la défense des coupables en tant que « patriotes » qui ont « agi de bonne foi ». Malgré le fait que la torture soit devenue comme un test de Rohrschach au sein de l’élite politique qui joue avec l’opinion publique pendant les talk-shows du dimanche matin, l’expérimentation humaine ne dispose pas d’une telle communauté d’avocats et de défenseurs.

    Lisa Hajjar

    Traduction : Will Sumer

     

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