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  • CONSOMMATION • Quelque chose de pourri au royaume de l'abondance

     

    La société de consommation, c'est le choix, donc la liberté, donc le bonheur ? En réalité, estime une sociologue slovène dans un livre récent, ce sentiment d'être parfaitement maître de nos décisions et de nos vies a un revers angoissant. Et tue l'action collective.
    Dessin de Boligán paru dans El Universal, Mexique.Dessin de Boligán paru dans El Universal, Mexique.
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    Aux noix ? Aux pommes ? Aux baies des bois ? Croquant ? Allégé ? Au sucre ou au miel ? Avec ou sans gluten ? On peut dire que la multiplication des offres variées présentées à notre choix provoque en nous cette douce euphorie de l’abondance qui rappelle la joie de l’enfant devant le sapin de Noël. Le problème, c’est que le plaisir vire facilement à l’inconfort, voire à la franche angoisse. Car nous sommes en permanence confrontés à des choix, ainsi qu’à une variété toujours plus grande d’options possibles. 

    Vous avez besoin d’un téléphone portable ? D’accord, mais de quelle marque et quel modèle, avec quel opérateur et quel type d’abonnement ?
    Vous êtes libre de choisir, mais aussi en grave danger de faire le mauvais choix. 

    Le psychologue américain Barry Schwartz s’est amusé à compter, dans un seul magasin d’électronique, le nombre d’installations stéréo différentes compatibles avec les appareils présents. Résultat : 6 millions et demi. Auteur d’un livre intitulé Le Paraxode du choix [Michel Lafon, 2006] et conférencier plein d’humour, Barry Schwartz remporte depuis quelques années un franc succès en décrivant la gueule de bois du consommateur dans les sociétés occidentales avancées. Jusqu’ici, dit-il, ce dernier a adhéré sans mollir au “dogme” libéral : plus on a de choix, plus on est libre, plus on est heureux. Or il s’aperçoit que l’excès de choix, loin d’augmenter son bien-être, a sur lui un effet paralysant. Et même s’il parvient à surmonter cette paralysie, il sombre dans l’angoisse et l’insatisfaction chronique de celui qui ne peut jamais être en paix avec ses choix. Il y a quelque chose de pourri au royaume de l’abondance. 

    Chacun maître de sa vie et chacun pour soi

    Un peu de choix, c’est bien, mais l’excès de choix est notre “fléau”. Après Barry Schwartz l’Américain, voici Renata Salecl la Slovène, avec La Tyrannie du choix, qui paraît ces jours-ci en français [chez Albin Michel]. Renata Salecl est philosophe et sociologue, spécialiste de la dimension émotionnelle et psychanalytique du droit. Avec la distance critique de celle qui a découvert tardivement le paradis de la consommation, elle reprend la réflexion en la radicalisant : son livre explore les enjeux inconscients, mais aussi collectifs et politiques du paradoxe de l’abondance. L’idéologie du choix, rappelle-t-elle, est loin de s’appliquer aux seuls objets de consommation. Elle alimente l’idée que chacun d’entre nous est le maître ultime de sa vie et de son bien-être. Depuis sa religion jusqu’à la forme de ses fesses, de son métier à ses objets amoureux, de son programme TV à son identité sexuelle, l’individu occidental contemporain est censé tout choisir, en toute liberté. 

    Plus encore, encouragé à “devenir lui-même” par les innombrables avocats du développement personnel, il ne cesse de travailler à sa propre amélioration. Son corps est son projet, sa petite entreprise, tout comme son couple, ses enfants, ses loisirs, son profil professionnel. 

    C'est pourquoi le jour où il tombe malade, le jour où il est licencié, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même : au lieu d’être en colère, il se sent honteux. Nous vivons en somme dans un monde qui encourage en nous le fantasme de toute-puissance. Mais en oubliant que l’autre face de la toute-puissance, c’est la culpabilité : l’idée que nous serions les maîtres ultimes de nos orientations, de notre santé, de notre bonheur n’est pas seulement libératrice, elle est également accablante. Surtout, elle n’est qu’un leurre, rappelle cette familière de la psychanalyse. 

    L'idéologie du choix, politiquement déstabilisante

    Contrairement à l’illusion entretenue, la plupart de nos choix, à commencer par celui de l’objet amoureux, sont régis par des forces inconscientes 
    et irrationnelles. L’ambivalence est notre pain quotidien et le désir intimement lié à l’interdit. C’est pourquoi, face à l’absence de restrictions, nous nous fabriquons nos propres mécanismes d’auto-contrainte. Nous nous ruinons en livres de conseils pleins d’objectifs à atteindre, objectifs que nous culpabilisons d’avoir lamentablement manqués, ce qui nous amène, le moral dans les talons, à sonner à la porte des psychothérapeutes… 

    Mais le reproche principal que Renata Salecl fait à l’idéologie du choix, c’est d’être politiquement démobilisante. Apprendre à gérer sa colère peut certainement être bénéfique, écrit-elle, mais n’oublions pas que la colère est le carburant du changement collectif. “Obsédés par l’idée de nous améliorer individuellement, nous perdons l’énergie nécessaire pour nous engager dans le changement social.” Voulons-nous vraiment d’un monde qui préfère l’autocritique à la critique sociale ? où “la honte de ne pas réussir a remplacé le combat contre l’injustice” ? où “le problème de santé devient le péché intime de l’individu” ? Renata Salecl est bien placée pour savoir qu’en matière d’organisation sociale le choix des modèles gagnants est loin d’être illimité. N’empêche : la manière qu’elle a de questionner notre bonne vieille société de consommation est drôlement rafraîchissante.

  • RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE:L'impasse de la politique du canon

    RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE L'impasse de la politique du canon

    Sur cinq présidents depuis l'indépendance de la Centrafrique, trois ont le pris le pouvoir par les armes. Alors qu'une nouvelle rébellion est sur le point de renverser le général-président Bozizé, cet éditorialiste remonte aux sources du mal de ce pays.

     

    Le pays doit aujourd'hui faire face à l'urgence - DRLe pays doit aujourd'hui faire face à l'urgence - DR
    Depuis plus d’une décennie, la République centrafricaine est en proie à des rébellions répétées. En moins d’une semaine, des rebelles ont conquis, sans forte résistance, la moitié du territoire national. On se souvient que feu le président Ange-Félix Patassé [1993-2003] avait eu recours aux miliciens du Congolais Jean-Pierre Bemba pour arrêter l’avancée de l’ex-chef rebelle, François Bozizé, aujourd'hui chef de l’Etat centrafricain. 

    L’ex-chef de guerre congolais est détenu à La Haye par la Cour pénale internationale (CPI) où il attend son procès. La douleur des crimes perpétrés par ses sbires et satrapes continue à souiller la conscience collective centrafricaine. Quant au président Bozizé, ancien rebelle parti lui-même du territoire tchadien, il a lui aussi eu jadis un parrain, le président Idriss Déby, qui joue le gendarme dans cette région. C’est dire qu’en Centrafrique, l'histoire est un éternel recommencement. 

    Une situation comparable à celle de la RDC


    Ce pays est-il devenu insaisissable, victime de "coups du destin" ? Il existe une analogie entre la situation sécuritaire de la république démocratique du Congo (RDC) et celle de la Centrafrique. 

    Les anciens rebelles sont des déserteurs de l’armée nationale régulière. Comme en RDC, ils ont signé, en 2007, des accords dits de paix avec le pouvoir de Bangui, accords qui n’ont jamais été respectés. Comme en RDC, on assiste à une gestion conjoncturelle des crises et non à une gestion durable. 

    Y aurait-il un lien entre l’avancée spectaculaire de cette nouvelle rébellion et les récentes tentatives de réorganisation de sa garde par le président Bozizé ? La question mérite d’être posée. Quant au parrain, Idriss Déby lui-même, n’est-il pas aussi un ancien chef rebelle arrivé au pouvoir par les baïonnettes ? 

    Une logique politicienne

    A l’instar des armées africaines dites nationales, l’armée centrafricaine vient de nous montrer qu’elle n’est qu’un pur concept administratif. Les accords signés avec les mouvements rebelles d’hier et d’aujourd’hui sont issus de compromis politiques pourris. En règle générale, ils reposent sur une pure logique politicienne, c’est-à-dire maintenir le régime en place à Bangui. 

    C’est pourquoi, ces accords douteux et souvent médiocres, de surcroît non appliqués, ne font que nourrir les rébellions de demain. Ils peuvent faciliter une suspension des hostilités mais ils ne règlent pas le problème de fond. On les appelle des trêves, c’est-à-dire de simples paix temporaires. 

    A quand un véritable dialogue ?

    Or le peuple centrafricain aspire à une paix durable, permanente. Le problème qui se trouve au cœur de ces rébellions à répétition est celui de la gouvernance démocratique. Le plus troublant, c’est que le pouvoir de Bangui n’établit aucune connexion entre paix durable et démocratie. Car, dans un Etat de droit, les rebelles auraient trouvé en face d’eux un cadre de concertation. 

    Ici, la peur de la démocratie érode toute possibilité de compromis politiques durables. La gouvernance du régime Bozizé est donc vide de sens puisqu’elle refuse tout dialogue avec l’opposition politique civile. 

    Au lieu de jouer en permanence au sapeur-pompier, Déby ferait mieux de conseiller à Bozizé d’engager un véritable dialogue national avec son opposition. La démocratie est une manière raisonnable de vivre ensemble ; en Centrafrique, comme ailleurs, elle réussit à secréter à l’intérieur d’elle-même des espaces publics de discussion, de confrontation et de contestation. La solution du canon est donc une solution paresseuse. Et quand elle confine à l’idolâtrie, elle peut conduire à un suicide collectif.
     
  • ÉTATS-UNIS • Le fusil d'assaut

    ÉTATS-UNIS  Le fusil d'assaut, ça vous vide la tête

    Dans le viseur de Barack Obama après le drame de Newtown, les armes semi-automatiques sont, pour de nombreux Américains, un hobby antistress comme le bowling ou le crochet.
     
    "Concentre-toi, Emilie, sinon tu ne réussiras jamais ton examen d'auto-défense" - Dessin de Schot (Pays-Bas)"Concentre-toi, Emilie, sinon tu ne réussiras jamais ton examen d'auto-défense" - Dessin de Schot (Pays-Bas)
    Quiconque souhaite limiter la vente d'armes d'assaut doit tenir compte du fait que des millions d'Américains possèdent des armes pouvant entrer dans cette catégorie et que bon nombre d'entre eux n'y voient rien de plus spécial qu'une moto ou une voiture de course, objets dont ils tirent d'ailleurs le même genre de satisfaction. 

    "C'est un très bon antistress, explique Chad Knox, auxiliaire médical installé à Marietta, dans l'Ohio, qui pratique le tir et chasse les animaux nuisibles de son terrain de 16 hectares à l'aide d'un fusil semi-automatique. Certains font du crochet, d'autres du shopping, et d'autres encore font du tir".

    Chad Knox possède un fusil de type AR-15, une arme inspirée d'un modèle militaire que les auteurs de plusieurs massacres récents – dont celui de Newtown – ont rendu célèbre.

    Une arme très populaire

    Interdits pendant une dizaine d'années par le gouvernement fédéral, certains modèles d'AR-15 pourraient redevenir illégaux si le président Obama parvient à convaincre le Congrès de rétablir l'interdiction fédérale (levée en 2004) sur les fusils d'assaut, ainsi qu'il s'est engagé à le faire.

    Pour de nombreux possesseurs de fusils semi-automatiques, le modèle AR-15 et ses semblables n'évoquent toutefois aucunement les terrifiantes images de tuerie. Ces gens utilisent leurs armes pour des exercices de tir et pour chasser de petits animaux comme les lapins, les écureuils ou les coyotes.

    Inspiré des modèles militaires M-16 et M-4, ce fusil est interdit dans les lieux publics et peut s'avérer moins précis qu'un fusil de chasse s'il faut se protéger chez soi.

    Chad Knox, 28 ans, apprécie la légèreté de cette arme et la relative faiblesse de son recul. "Si je pars chasser ou si j'essaie d'intéresser un jeune à la chasse, l'AR-15 est l'arme qu'il faut, explique-t-il. Il est très simple d'utilisation."

    La plupart des détenteurs de ce type d'armes de longue portée semi-automatiques (qui font feu à chaque pression sur la détente) semblent surtout s'en servir pour s'exercer au tir sur cible. Les chargeurs amovibles de grande capacité sont également très populaires. Pour les partisans du contrôle des armes, ces chargeurs font partie des accessoires qui devraient être interdits.

    "Comme le bowling"

    Propriétaire d'un atelier de carrosserie à Crown Point, dans l'Indiana, Arnie Andrews utilise son fusil Olympic Arms AR-15 plusieurs fois durant l'été pour tirer sur des cibles. Il possède un chargeur de vingt munitions, l'ancienne norme de l'armée (aujourd'hui relevée à trente munitions). "C'est un défi, on essaie de voir à quel niveau on se situe, explique cet homme âgé de 58 ans à propos du tir sur cible. C'est comme le bowling ou n'importe quel autre sport. Vous voulez voir si vous ferez mieux la prochaine fois."

    Si les armuriers affirment que l'AR-15 est le fusil le plus populaire aux Etats-Unis, certains connaisseurs n'aiment pas ce modèle. Kent Carper, ancien chef de la police et élu local de Kanawha, en Virginie-Occidentale, possède de nombreuses armes chez lui, mais il n'a jamais voulu de fusil d'assaut. "Je n'ai jamais acheté de ces extensions de chargeur auxquelles je ne comprends rien, déclare-t-il. On a vu trop de tragédies avec des fusils d'assaut et des extensions de chargeur".

    "L'argument consiste à dire que le droit de posséder et de porter des armes est garanti par la Constitution, donc vous avez le droit absolu d'avoir autant de munitions que vous voulez, poursuit Carper. Si vous poussez cette logique au bout, vous pouvez très bien avoir des missiles comme munitions."

    "Je veux voir ma pastèque exploser"

    Certains détenteurs d'armes parlent du tir comme d'un sport extrême. Tous les deux mois, quand il a mis assez d'argent de côté pour acheter 500 munitions, Patrick Mason part dans le désert autour de Las Vegas avec un ou deux amis pour faire un barbecue et tirer sur des cibles en fruits. "Je ne veux pas faire des trous dans des cibles en papier, je veux voir ma pastèque exploser", explique ce jeune assistant manager de 23 ans, employé dans un studio de yoga à Las Vegas.

    "C'est drôle et on s'amuse bien, mais c'est aussi une technique, un véritable art, ajoute-t-il. La comparaison peut paraître étrange, mais c'est un peu comme tenir un animal vivant dans ses bras. Quand vous tirez, il y a le recul et puis l'odeur." Mason ne chasse pas et ne considère pas ce qu'il fait comme un sport. Cela lui procure une décharge électrique, un frisson d'excitation. "Après avoir tiré vingt balles sur une cible, j'ai envie de me faire un burger !"

    Si certains possesseurs d'AR-15 utilisent leur arme pour chasser, d'autres estiment que l'utilisation d'une arme semi-automatique est contraire à l'esprit de la chasse. "Quand on chasse, on tire une fois, on n'arrose pas partout à la ronde", souligne Bill Den Hoed, propriétaire avec l'un de ses frères de Den Hoed Wine Estates, à Prosser, dans l'Etat de Washington.

    Cet homme de 54 ans possède un fusil Colt AR-15 depuis près de vingt-cinq ans et l'utilise uniquement pour tirer sur des cibles dans les vignes familiales, près de la rivière Columbia. Il reconnaît toutefois qu'un semi-automatique peut être utile pour chasser des animaux nuisibles comme les coyotes qu'on trouve dans la région. Sa fréquence de tir permet en effet de réduire le nombre de ces prédateurs, explique-t-il.

    Les interdire ne changerait rien

    Pour les possesseurs d'AR-15, l'interdiction de ce type d'arme n'empêcherait pas les massacres. Ils restent toutefois assez discrets, en partie parce qu'ils partagent la souffrance des familles des vingt enfants disparus dans la tuerie de l'Etat du Connecticut, en partie parce qu'ils estiment que cette nouvelle tentative de réduction de la violence par la limitation des armes ne servirait à rien.

    Ils ne croient pas que l'interdiction des fusils d'assaut et des chargeurs de grande capacité puisse empêcher des tueurs comme Adam Lanza de passer à l'action. D'après les autorités, Lanza a utilisé un Bushmaster de type AR-15 dans le Connecticut. "Si je pensais que l'interdiction était la solution, j'y serais probablement favorable, explique Everett Wilkinson, ancien marine installé dans le comté de Palm Beach, en Floride. Le problème, ce ne sont pas les armes, ce sont les fous."

    Un avis que partagent d'autres détenteurs d'armes. "Les tueurs utiliseront d'autres armes, une bombe ou dieu sait quoi, prédit Andrews, qui possède un permis de port d'arme dissimulée et a suivi une formation pour savoir comment réagir face à un tireur. "En toute honnêteté, si vous étiez dans une mauvaise passe, vous seriez content que je sois là."

     
  • AFFAIRE DEPARDIEU •Bienvenue en Russie

    AFFAIRE DEPARDIEU Bienvenue en Russie, Gérard Renévitch !

    A la suite de Gérard Depardieu, ne pourrait-on inviter d'autres grosses fortunes à venir renflouer les caisses de l'Etat russe ?, ironise un journaliste sur son blog. Les milliers d'autres candidats à la citoyenneté russe peuvent bien attendre.
     
    Gérard Depardieu dans le téléfilm Raspoutine, sorti en 2011 - DRGérard Depardieu dans le téléfilm Raspoutine, sorti en 2011 - DR

    Si on nous avait dit, à l'époque où, enfants, nous nous esclaffions devantLa Chèvre, en suivant les aventures de Pierre Richard et Gérard Depardieu, que c'était un acteur de chez nous qui jouait dans ce film ! Un acteur russe qui aurait depuis longtemps conquis le cœur des Français, devenant l'un des chouchous de ces amateurs de cinéma exigeants. En voilà un rebondissement.

    En principe, à présent qu'il bénéficie de la citoyenneté, Gérard Depardieu devrait se voir accorder le titre d'artiste émérite de Russie, au minimum, puisque la citoyenneté lui a été délivrée d'office en vertu de son apport considérable à la culture et au cinéma russe, nous a-t-on dit. Il serait curieux qu'un acteur à la contribution aussi notable ne soit pas élevé au rang d'artiste émérite, voire plus. Il devrait donc recevoir des distinctions et des médailles, car un artiste émérite sans distinction ni médaille, c'est tout simplement inconcevable.

    Il pourra ensuite organiser sa vie quotidienne. Nous croiserons Gérard au supermarché, poussant son chariot, ou à la clinique, faisant la queue pour une prise de sang, ou encore dans les bureaux des services sociaux, car chez nous, il a déjà atteint l'âge légal de la retraite ! Nous l'appellerons à la manière russe, non pas d'un familier "Gérard", mais de façon respectueuse, Gérard Renévitch, puisque son père s'appelait René.

    Il mènera ici une vie de rêve, sans être embêté par un stupide impôt à 75 %. Ses millions seront taxés à 13 %, comme pour tous les Russes. Je pense que Gérard Renévitch va se plaire en Russie. Reste à savoir pourquoi nous faisons cela. Je suis conscient que Poutine aime beaucoup Depardieu, mais tout de même, ça fait un peu bizarre.

    Distribution de passeports russes aux riches

    Tout le monde sait que l'acteur a laissé tomber la France parce qu'il refusait de payer des impôts élevés. Je ne trouve pas cela franchement admirable. Certes, 75 % [au-delà de 1 million d'euros], c'est beaucoup, mais cette attitude signifie qu'il préfère l'argent à sa patrie, alors que dans notre pays, le patriotisme est devenu la valeur suprême du moment ! Et d'un claquement de doigts, nous accorderions la citoyenneté à un homme qui fuit les impôts et pour qui l'argent est plus important que la patrie ? Peut-être espérons-nous en tirer un bénéfice ?

    Des milliers de personnes ne peuvent obtenir la citoyenneté malgré leurs racines russes, leur parfaite maîtrise de la langue, le fait qu'elles soient nées en Union soviétique et leur souhait de vivre et de travailler dans notre pays. Depardieu ne présente aucune de ces caractéristiques. Même s'il est sans doute prêt à travailler chez nous. Gérard Renévitch pourrait ainsi jouer dans des séries télé, tourner des publicités ou apparaître dans des soirées d'entreprises. Cela lui rapporterait bien plus qu'en France, tout en lui coûtant à peu près six fois moins en impôts.

    Ce serait bien qu'il fasse aussi venir d'autres grosses fortunes françaises, comme François Pinault, qui ne pèse pas moins de 9 milliards d'euros. Vous imaginez un peu, si ses impôts à lui venaient alimenter nos caisses ? Nous allons distribuer des passeports russes à tous ceux qui ont beaucoup d'argent et ne veulent pas payer d'impôts chez eux ! Quant aux russophones sans le sou, qui ne sont pas amis avec Poutine et ne peuvent rien apporter à notre équipe [olympique] à Sotchi [pour les JO d'hiver 2014], ils n'ont qu'à patienter quelques années, ça leur laissera le temps de rassembler tous les papiers nécessaires.

  • Sa Majesté des drones

    ÉTATS-UNIS  Sa Majesté des drones à la Maison-Blanche

    Le chroniqueur conservateur Charles Krauthammer condamne vigoureusement la stratégie de lutte contre le terrorisme adoptée par Obama. L'usage massif des drones est en totale contradiction avec l'image de droiture morale que le président affiche, estime-t-il.
    Barack Obama : Et maintenant volez, mes jolies ! Volez !! Sur la feuille : liste d’exécutions.Barack Obama : Et maintenant volez, mes jolies ! Volez !! Sur la feuille : liste d’exécutions.Dessin de John Cole paru dans The Scranton Times Tribune, Scranton.

    La lecture d'un récent article du New York Times portant sur la "petite activité hebdomadaire" du président a de quoi laisser pantois. On y apprend que tous les mardis Obama étale devant lui des cartes d'un genre très particulier où figurent les photos et les notices biographiques de terroristes présumés pour choisir quelle sera la prochaine victime d'une attaque de drone. Et c'est à lui qu'il revient de trancher : la probabilité de tuer un proche de la cible ou des civils se trouvant à proximité mérite-t-elle ou non d'interrompre la procédure ?

    Cet article aurait pu s'intituler : "Barack Obama, Seigneur des drones". On y apprend avec force détails comment Obama gère personnellement la campagne d'assassinats téléguidés. Et l'article fourmille de citations officielles des plus grands noms du gouvernement. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne s'agit pas de fuites mais bien d'un véritable communiqué de presse de la Maison-Blanche.

    L'objectif est de présenter Obama comme un dur à cuire. Pourquoi maintenant ? Parce que, ces derniers temps, le locataire de la Maison-Blanche apparaît singulièrement affaibli : il semble impuissant alors que des milliers de personnes se font massacrer en Syrie ; il se fait rouler dans la farine par l'Iran comme en témoigne l'échec des dernières négociations sur le nucléaire à Bagdad ; Vladimir Poutine le traite avec mépris en bloquant toute intervention dans ces deux pays et lui a même infligé un camouflet public, en décidant de se faire remplacer [par son Premier ministre Medvedev] lors des derniers sommets du G8 et de l'Otan.

    Le camp Obama pensait que l'exécution d'Oussama Ben Laden réglerait tous ses problèmes de politique étrangère. Mais la tentative par le gouvernement d'exploiter politiquement le premier anniversaire du raid meurtrier contre le chef d'Al-Qaida n'a pas eu les effets escomptés, bien au contraire. Après avoir abattu sa meilleure carte (la mort de Ben Laden), il lui fallait donc en trouver une nouvelle, et c'est là qu'intervient le "Seigneur des drones", un justicier solitaire, sans pitié pour les membres d'Al-Qaida.

    Qu'est donc devenu cet artisan de paix récompensé par un prix Nobel, ce président favorable au désarmement nucléaire, cet homme qui s'était excusé aux yeux du monde des agissements honteux de ces Etats-Unis qui infligeaient des interrogatoires musclés à ces mêmes personnes qu'il n'hésite pas aujourd'hui à liquider ? L'homme de paix a été remplacé – juste à temps pour la campagne électorale de 2012 – par une sorte de dieu vengeur, toujours prêt à déchaîner son courroux.

    Quel sens de l'éthique étrange. Comment peut-on se pavaner en affirmant que les Etats-Unis ont choisi la droiture morale en portant au pouvoir un président profondément offensé par le bellicisme et la barbarie de George W. Bush et ensuite révéler publiquement que votre activité préférée consiste à être à la fois juge et bourreau de combattants que vous n'avez jamais vus et que peu vous importe si des innocents se trouvent en leur compagnie.

    Il ne s'agit pas de condamner les attaques de drones. Sur le principe, elles sont complètement justifiées. Il n'y a aucune pitié à avoir à l'égard de terroristes qui s'habillent en civils, se cachent parmi les civils et n'hésitent pas à entraîner la mort de civils. Non, le plus répugnant, c'est sans doute cette amnésie morale qui frappe tous ceux dont la délicate sensibilité était mise à mal par les méthodes de Bush et qui aujourd'hui se montrent des plus compréhensifs à l'égard de la campagne d'assassinats téléguidés d'Obama.

    En outre le Seigneur des drones est un piètre stratège, car les terroristes morts ne peuvent pas parler. Les frappes aériennes de drones ne coûtent pas cher, ce qui est une bonne chose. Mais aller à la facilité a un coût. Ces attaques ne nous offrent aucune information sur les réseaux terroristes ni sur leurs projets. Capturer un seul homme pourrait être plus utile qu'en tuer dix. Le gouvernement Obama a révélé publiquement son opposition aux tribunaux militaires, sa volonté de juger Khalid Cheik Mohammed [considéré comme le cerveau des attentats du 11 septembre 2001] à New York et d'essayer vigoureusement (mais sans succès puisque, ô surprise, il n'y a pas d'autres solutions) de fermer Guantanamo Bay. Et pourtant ces délicates attentions à l'égard des terroristes quand ils sont prisonniers coexistent avec une volonté de les tuer directement dans leur lit.

    Les prisonniers ont des droits, alors ne faisons pas de prisonniers, il y a là une morale perverse. Nous n'hésitons pas à tuer des terroristes, mais nous renonçons délibérément à obtenir des informations qui pourraient sauver des vies. Mais cela nous y penserons plus tard. Pour l'instant, réjouissons-nous de la haute stature morale et de l'absence de complaisance de notre Seigneur des drones présidentiel.

    Graphiques drônes