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Presse - Page 3

  • Une certaine conception de la justice

    "Sous Hollande, on pourchasse, on traque et on neutralise"

    INTERVIEW - Le journaliste Vincent Nouzille publie Les tueurs de la République. Il raconte les opérations spéciales réalisées par les services français pour éliminer des personnes jugées dangereuses pour la sécurité nationale ou conduire des guerres secrètes contre des ennemis présumés. Des opérations qui se sont multipliées sous la présidence de François Hollande.

    Vous dites que François Hollande assume le plus les opérations secrètes. Quels types d’opérations a-t-il ordonné?
    De manière quasi-systématique, François Hollande a ordonné des représailles et des ripostes suite à des attentats ou à des prises d’otage. Premier exemple : l’embuscade d’Uzbin, à l’été 2008, qui a tué neuf soldats français en Afghanistan. A l’époque déjà, l’état-major de Nicolas Sarkozy avait voulu trouver les responsables et les punir. Mais cela n’avait pas été possible. Finalement les services secrets français et les forces militaires en Afghanistan ont localisé quelques années plus tard le responsable, le mollah Hazrate. Une frappe française l’a tué en septembre 2012.

    Peut-on donner des chiffres sur ces opérations spéciales?
    Il y en a eu une dizaine depuis 2012. Des opérations visant à cibler des gens qui avaient frappé des intérêts français ou des Français. Par exemple, Denis Allex, agent de la DGSE, avait été retenu en otage pendant trois ans et demi en Somalie. Sur ordre de François Hollande, il y a eu un raid de la DGSE pour tenter de le libérer en Somalie en janvier 2013 mais il a mal tourné. L’otage et deux membres du Service action de la DGSE sont décédés. François Hollande a alors donné l’ordre d'exécuter le responsable de cette prise d’otages, Godane, chef des shebabs. Cette exécution a finalement été menée par les Américains. Cela montre l’implication et la coopération des deux pays. Quand on n’a pas les outils pour frapper, on demande à nos amis d’outre-Atlantique d’utiliser leurs drones armés.

    «Une guerre dans la guerre»

    Vous dites que François Hollande a toujours sur lui une liste de terroristes? Que contient-elle?
    C’est une liste qui est le fruit du travail de la DGSE et du renseignement militaire, qui travaillent de concert et qui établissent des listes de chefs terroristes à "décapiter". Elle a été utilisée en particulier durant l’opération Serval au Mali. Il ne s’agissait pas de capturer les terroristes, de les blesser, d’en faire des prisonniers ou de les traduire en justice, il fallait les éliminer. On sait qu’il y a eu une quinzaine de HVT ("High value target", cible de haute valeur) qui ont ainsi été tuées par les Français au Sahel depuis le déclenchement de l’opération Serval. Sur cette liste, on doit certainement pouvoir ajouter les cibles en Afghanistan, en Somalie et Al Qaida pour la Péninsule Arabique (AQPA). Un des chefs d’AQPA, qui a revendiqué l'attaque de Charlie Hebdo. a par exemple été frappé par un drone américain après l'attentat du 7 janvier. Il s’agit bien d’une guerre dans la guerre. Une guerre parfois faite en coopération avec les Américains.

    La France opère de manière secrète alors que d’autres services n’hésitent pas à les assumer. Pourquoi la France ne les revendique pas publiquement?
    Historiquement, la France n’a jamais revendiqué ce type d’opérations contrairement à certains services comme le Mossad israélien qui sont réputés pour se venger de manière systématique. Mais en réalité, la loi du Talion est une règle quasi-intangible des services secrets. Les Français qui étaient très réticents à ce type d’opérations ou ne le faisaient pas savoir, s’y sont davantage mis. Sous François Hollande, c’est devenu un principe : on pourchasse, on traque et on neutralise. Une partie de ces actions se font de manière plus discrète, plus clandestine parce qu'elles se déroulent sur des théâtres d’opération où la France n’est pas officiellement engagée (dans le sud de la Libye, par exemple). 

    «Durant le raid en Somalie pour libérer l’agent de la DGSE, Denis Allex, des civils ont été tués.»

    Y-a-t-il des dommages collatéraux lors de ce genre d’opérations?
    Les officiels français que j’ai pu interroger affirment qu’il n’y en a pas. Selon eux, contrairement aux Américains, on évite les dommages collatéraux, notamment parce qu’on intervient de visu, avec des avions de chasse ou des commandos à terre. Dans la réalité, c’est plus compliqué que ça. Durant le raid en Somalie pour libérer l’agent de la DGSE, Denis Allex, il y a eu des dommages collatéraux importants. Les consignes étaient d’éliminer tous les gens sur le chemin du commando pour des questions de sécurité. Il y a eu des civils qui ont été tués.

    Quels sont les autres Présidents qui ont utilisé ces méthodes?
    Selon les tempéraments des Présidents, c’était plus ou moins assumé. Sous le général De Gaulle, c’était la guerre d’Algérie, les opérations Homo (pour "homicide") étaient décidées en plus haut lieu. Giscard avait une mentalité de tueur au sang-froid. Il avait donc décidé un certain nombre d’opérations de ce type. Sous François Mitterrand, soi-disant, elles étaient proscrites. En réalité, elles étaient tolérées et l'ancien Président laissait faire. D’anciens responsables des services secrets racontent que François Mitterrand ne répondait pas clairement et n’assumait pas explicitement ce type d’opérations. Il disait par exemple "Si vous le jugez utile". C’était une manière de se défausser. Sous Jacques Chirac, cela a été la période la plus calme. Le président était extrêmement réticent. Il craignait toujours l’échec, le boomerang politique. Il n’avait pas une grande confiance dans l’efficacité des services secrets. Même après les attentats du 11 septembre 2001, Jacques Chirac a refusé de s’engager sur ce terrain là.

    Et sous Nicolas Sarkozy?
    Il y a eu deux temps. Dans la première période, il méconnaissait un peu ces outils et ces méthodes et il était plutôt partisan d’une négociation notamment pour les prises d’otage. Finalement, à partir de 2010, il s’est progressivement transformé en chef de guerre. Il avait visiblement davantage confiance dans les forces spéciales, qui dépendent plus de l’armée, que de la DGSE. En 2010, il a été secondé à l’Elysée par un "faucon", le général Puga, qui était son chef d’Etat-major particulier, et partisan de la manière forte. Il a "converti" Nicolas Sarkozy à cette méthode. L’exemple le plus frappant est celui du raid des forces spéciales suite à la prise d’otages de deux jeunes Français au Niger en 2011. Le raid a échoué, les deux otages ont été tués. Mais cela a convaincu Nicolas Sarkozy que la manière forte est la bonne et qu’il fallait envoyer des messages aux ennemis de la France. François Hollande a durci encore plus cette politique. Le chef d’Etat major particulier de Nicolas Sarkozy est d’ailleurs resté en place sous la présidence de François Hollande. Il doit prendre sa retraite en 2015.

    Vincent Nouzille, Les tueurs de la République, (édition Fayard)

    Michaël Bloch - leJDD.fr

  • La lente mise à mort de la liberté d’expression

     

    Jamais un gouvernement n’aura fait autant reculer les libertés publiques que celui de Manuel Valls, à croire que la champ d’action du ministre de l’Intérieur se réduit à sanctionner l’expression d’opinions dissidentes. Chaque affaire médiatique est l’occasion de nouveaux reculs : affaire Mehra, affaire Clément Méric, affaire Dieudonné, fusillade de Bruxelles, attentat de Charlie Hebdo… autant de fenêtres d’opportunité pour gagner le soutien de l’opinion et faire passer des lois liberticides. Chaque situation de crise provoque un sentiment d’anxiété sociale appelant une reprise en main par l’État : le gouvernement et les médias dominants sont passés maîtres dans l’art de manier à  dessein ce mouvement d’insécurisation/sécurisation par lequel ils soumettent l’opinion. On assiste ainsi à une véritable mutation du contrôle social : hier l’instrument du combat contre la délinquance classique, il est aujourd’hui le moyen de défendre un ordre qui se veut moral et républicain mais qui est surtout identitaire et discriminatoire. Façonner les consciences et sanctionner les récalcitrants, voilà pour l’essentiel à quoi se réduit la politique autoritaire du gouvernement socialiste. Elle est le point d’achèvement d’un processus qui débute au milieu des années 1980 et dont nous voudrions rappeler ici les grandes lignes. 

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    A l’origine de la politique actuelle, le tournant de la rigueur

    On n’a sans doute jamais mesuré totalement les conséquences du changement de cap décidé par le gouvernement Mauroy en mars 1983. Confronté à une fuite de capitaux, à un creusement du déficit budgétaire et à une série d’attaques contre le franc, François Mitterrand abandonne la politique de relance par la consommation qu’il avait suivie jusque là. Son souhait de maintenir la France dans le Système Monétaire Européen a eu raison de ses ambitions réformatrices inspirées du Programme commun d’union de la gauche.  Suivra alors une politique sociale-libérale qui montera en puissance avec la nomination de Laurent Fabius à Matignon –  privatisations, blocage des salaires, déréglementation des marchés financiers, orthodoxie budgétaire et promotion du modèle entrepreneurial – totalement à rebours des promesses de campagne du candidat Mitterrand. Dans leur conversion à l’économie de marché, les socialistes ont fait preuve d’un zèle remarquable : une note de l’Insee de 1990 donne même à la France la palme européenne du monétarisme et de la rigueur budgétaire, devant la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher et l’Allemagne d’Helmut Kohl. Et deux ans plus tard, le Parti Socialiste fera logiquement le choix d’adopter le très libéral traité de Maastricht.

    Hollande dans les pas de Mitterrand

    Entre la justice sociale et l’intégration européenne, le gouvernement socialiste de Pierre Mauroy a choisi et n’est jamais revenu sur cet engagement lourd de conséquences.

    Trois décennies plus tard, l’histoire se répète. Le cocktail est identique : intégration européenne à marche forcée, libéralisme économique et austérité budgétaire. L’équation aussi : de quelle légitimité le Parti socialiste et ses alliés peuvent se prévaloir pour mettre en oeuvre une politique qui trahit leurs engagements de campagne et ne répond en rien aux attentes des classes populaires ? La réponse est à l’avenant : éluder la question sociale en faisant diversion sur les questions de société. La recette « droite du travail/gauche des valeurs » avait bien fonctionné dans les années 1980 : lutte contre le racisme et l’antisémitisme, avec l’appui logistique de SOS Racisme lancé en 1984, en lieu et place de la défense du travail contre le capital. Le combat électoral contre le Front National devient rapidement le seul marqueur de gauche d’une politiquetotalement acquise aux intérêts du capital, et d’autant plus aisément que la démission économique des socialistes favorise la montée en force du vote protestataire d’extrême-droite.

    Choc des civilisations contre lutte des classes

    Mais pour la période actuelle, le tableau est légèrement modifié par une touche supplémentaire : le gouvernement socialiste a fait sienne la rhétorique de la « guerre contre le terrorisme », héritage des années Bush. L’alignement complet de la diplomatie française actuelle sur les intérêts du bloc américano-sioniste influence aussi sa politique intérieure. De fait, la question sociétale rejoint aujourd’hui la question identitaire : civilisation judéo-chrétienne d’un côté, Islam « barbare et conquérant » de l’autre. Les thèmes fétiches de la gauche – défense de la laïcité et combat contre l’antisémitisme, notamment – sont passés à la moulinette néoconservatrice. La politique actuelle sort ainsi les valeurs républicaines du contexte de l’immigration et des questions d’intégration qui était le leur dans les années 80 pour les inscrire dans une problématique du choc des civilisations : « Je suis Charlie » (contre la barbarie islamiste) en lieu et place de « Touche pas à mon pote ». Mais dans tous les cas, il s’agit encore de masquer la question sociale par la question identitaire : aviver les tensions communautaires entre français dits « de souche » et français issus de l’immigration pour désamorcer la lutte des classes et tourner le dos à la justice sociale. Et souvent à grands renforts de communication : l’union sacrée face au terrorisme affichée lors de la mobilisation générale du 11 janvier a relégué au second plan les antagonismes de classe, servant ainsi les intérêts des élites politiques et financières.

    Catéchisme républicain et pénalisation de la dissidence

    Comment obtenir l’adhésion du peuple à une politique contraire à ses intérêts ? Seule une minorité peut tirer profit du libéralisme économique et de la montée en force des tensions communautaires. L’adhésion spontanée étant donc exclue, il ne reste que le conditionnement idéologique et la pénalisation de la dissidence, deux recettes qui ont notamment fait leurs preuves dans le contexte de crise politique provoquée par la fusillade de Charlie Hebdo. L’anxiété sociale alimentée par la couverture médiatique de l’Islam radical suscite une demande de sécurité et permet au gouvernement de mener sa chasse aux sorcières avec le soutien de l’opinion. Des dizaines de procédures judiciaires pour apologie du terrorisme(qui relèvent en fait du délit d’opinion) pour un message posté sur les réseaux sociaux, pour une parole de trop ou pour un refus de la minute de silence, visant des simples citoyens parfois même des collégiens, n’ont pas suscité la moindre indignation politique à l’exception d’associations de défense des droits de l’Homme dont Amnesty International qui a pointé un risque de dérive judiciaire et d’atteintes graves à la liberté d’expression.

    Politique d’ordre contre politique de sécurité

    Peu actif sur le front de la délinquance classique – comme en témoignent les derniers chiffres de l’ONDRP – le gouvernement déploie en revanche une énergie remarquable pour sanctionner les idées ou les propos qu’il juge politiquement incorrects. La loi sur la presse de 1881 a été modifiée à plusieurs reprises par les socialistes, déjà en 1990 par la loi Fabius-Gayssot qui criminalise le négationnisme historique en faisant d’un délit la contestation de l’existence des crimes contre l’humanité tels que définis dans les statuts du Tribunal militaire de Nuremberg. La « mère de toutes les lois mémorielles » a valu à Vincent Reynouard une nouvelle condamnation pour une vidéo postée sur Youtube, cette dernière à deux ans de prison ferme, soit le double de la peine encourue pour ce type de délit. La jurisprudence Dieudonné, fruit de la croisade lancée par Manuel Valls contre l’humoriste, lamine la protection dont bénéficiait la création artistique vis-à-vis du pouvoir et rend possible l’interdiction préventive d’une réunion ou d’un spectacle pour des motifs politiques. Last but not least, la création récente d’un délit d’apologie du terrorisme par la loi du 13 novembre 2014 est une arme (redoutable) de plus dans l’arsenal contre la liberté d’expression. Réprimer ceux qui ont le tort d’exprimer des idées non conformes : la politique du gouvernement consiste à défendre un ordre moral au besoin par la contrainte mais plus généralement par la persuasion.

    Gauche morale contre gauche de transformation sociale.

    Le catéchisme républicain est tout ce qu’il reste à une gauche démissionnaire sur le front économique et social. Mais le moralisme, une fois déconnecté de toute réalité matérielle, tourne à vide. La politique actuelle pousse jusqu’à l’absurde cette contradiction : d’un côté la loi Macron qui achèvera de démanteler le code du travail et de dépouiller les salariés de leurs derniers vestiges de protection sociale, de l’autre le bourrage de crâne sur les valeurs républicaines de liberté, de tolérance et d’égalité chaque jour démenties dans les faits. Signe de la fragilité du pouvoir, la propagande laïciste a atteint des sommets dans le contexte créé par l’attentat contre Charlie Hebdo, notamment quand la ministre de l’Éducation nationale a évoqué « de trop nombreux questionnements de la part des élèves » montrant ainsi les limites de sa conception de la démocratie… L’autoritarisme politique et  la négation de l’esprit critique sont devenus la norme d’un gouvernement ayant perdu toute crédibilité économique et sociale et foulant au pied les valeurs qu’il prétend défendre. Victime collatérale, la liberté d’expression vit ses derniers moments.

    Voir également sur ce site : un entretien à propos de mon dernier ouvrage « La République contre les libertés« .

  • MEURTRE DE TROIS MUSULMANS

    COMMENT TWITTER A FORCÉ LES MÉDIAS À S'INTÉRESSER AU MEURTRE DE TROIS MUSULMANS AMÉRICAINS

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    Les médias ont-ils failli dans leur couverture de la tuerie de Chapel Hill, en Caroline du Nord, où trois musulmans ont été abattus par un voisin mardi 10 février en fin d’après-midi ? Difficile d’en douter à en croire les centaines de milliers de messages sur Twitter condamnant la sous-médiatisation d’un meurtre possiblement islamophobe.

    Trois morts sur un campus américain, et une polémique internationale. Mardi peu après 17 heures, une étudiante de 21 ans, sa sœur et son mari sont assassinés sur un campus de Caroline du Nord par un voisin de 46 ans, Craig Stephen Hicks. Ce qui pourrait ressembler à un fait divers habituel aux États-Unis, s’est transformé dès le lendemain en un débat qui déborde des frontières américaines. Le fait que les trois victimes soient musulmanes, et que le tueur se présente sur Facebook comme un "athée militant" ont d’abord posé la question du motif, potentiellement raciste et islamophobe du triple homicide. Surtout, la faible couverture médiatique a provoqué hier, mercredi 11 février, un véritable tollé aux États-Unis.


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    Le tueur Craig Hicks postait très régulièrement sur son mur Facebook des images anti-religions, mais aussi des photos de ses armes et des images en faveur des droits des homosexuels. Ici : "Si tu penses que tu pourras profiter du paradis pendant que la multitude est torturée pour toujours... alors tu es autant un sociopathe que le dieu que tu adores."

    Il faut dire que mercredi matin, aucune des chaînes nationales d’info américaines ne faisait ses titres sur la mort de Deah Shaddy Barakat, 23 ans, sa femme Yusor Abu-Salha, 21 ans, et la soeur de cette dernière, Razan Abu-Salha, 19 ans. Les premiers détails des meurtres étaient pourtant sortis dès mardi 18h dans la presse locale, après que le tueur s’était rendu de lui-même aux autorités. Résultat, des milliers de personnes sur Twitter ont fustigé cette absence de traitement médiatique derrière le hashtag #MuslimLivesMatter ("la vie des musulmans compte", en référence au hashtag utilisé après Ferguson) et #ChapelHillShooting (utilisé plus d’un million de fois depuis mardi).

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    "S'il s'agissait d'un tireur musulman qui avait tué 3 athées, les titres «ATTAQUE TERRORISTE» seraient sur toutes les Unes"

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    "La tuerie de Chapel Hill a eu lieu il y a plus de 9 heures. Toujours pas de couverture par CNN, Fox News, MSNBC et les principales chaînes"

    Et les réactions n’étaient pas cantonnées aux États-Unis. Dans une tribune publiée par Al Jazeera tôt mercredi matin, le professeur de communication canadien Mohamad Elmasry estime ainsi que Chapel Hill montre à quel point les médias occidentaux ont un problème avec les musulmans. "Les médias vont probablement dépeindre le tueur comme un fou isolé, comme ils le font pour la plupart des criminels islamophobes […] Il y aura surement très peu d’indications sur le fait que le tueur aurait agi sur la base d’une idéologie, d’un problème plus large. Et si les violences anti-musulmans étaient en fait la conséquence d’une certaine idéologie occidentale actuelle ? Et si l’islamophobie était devenu tellement évidente, tellement acceptée, qu’elle représente maintenant un système de pensée dominant, ou au moins partagé par de larges poches de populations dans certaines régions ?", analyse le chercheur, citant plusieurs études ayant montré que les musulmans sont le plus souvent désignés comme un groupe homogène d’individus violents ou menaçants dans les médias occidentaux. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire le lien entre le peu d’intérêt des médias américains pour la tuerie de Chapel Hill et le silence occidental face au "nettoyage ethnique" dont sont victimes les musulmans de Birmanie.

    Plus on dépeint une communauté comme étrangère, comme une menace, plus on risque de les déshumaniser. Et c’est ce qui se passe, à tel point que quand ils se font tuer, il n’y a pas de désir de leur donner la même attention qu’à d’autres victimes de la terreur", analysait de son côté une militante associative anglaise, Sabbiyah Pervez, dans une tribune pour le journal britannique The Independant.

    24 HEURES PLUS TARD, FOX NEWS ET CNN ONT OUBLIÉ CHAPEL HILL

    Pour d’autres, cette très faible couverture pourrait s’expliquer en partie par le fait que les homicides ont coïncidé avec la confirmation par Obama de la mort d’une otage américaine en Syrie mardi après-midi. Une mort qui occupait alors la quasi-totalité des chaînes d’info en continu. Surtout, le site américain Mashable note que la forte mobilisation des réseaux sociaux a finalement convaincu ces chaînes de se pencher sur Chapel Hill. "Le meurtre de trois étudiants musulmans américains est désormais la principale information de CNN et Fox News après que #MuslimLivesMatter et #ChapelHillShooting soient repris au niveau international", précisait ainsi la journaliste de l’AFP Sarah Hussein mercredi en fin de matinée. Elle notait également que le nom des victimes n’a été connu que vers 4 heures du matin heure de New York, ce qui pouvait expliquer selon elle que les chaînes n’aient pas ouvert sur Chapel Hill. Un problème accentué par le décalage horaire pour les Européens : en Europe, certains s'impatientaient mercredi après-midi de l'absence de couverture de Chapel Hill, alors que les chaînes américaines ont traité la tuerie "dès" mercredi dans le courant de la matinée (heure locale).

    CNN

    Sujet de CNN sur le meurtre de Deah Barakat, Yusor Abu-Salha et Razan Abu-Salha, mercredi après-midi

    Mais 24 heures après les premiers sujets, les chaînes d’info étaient déjà passées à autre chose. Ainsi, si la tuerie de Chapel Hill figure encore aujourd'hui en bonne place sur la plupart des sites d’infos américains (comme sur le New York Times, ou leWash Post), les chaînes TV ne semblent toujours pas vraiment convaincues de l’intérêt du sujet. Sur CNN, les titres au moment d’écrire ses lignes vont de l’accord Russie/Ukraine au procès de DSK en passant par la condamnation d'une héritière de Korean Air, mais ne mentionnent pas les trois homicides. Idem sur Fox News, qui consacre pourtant un sujet (brulant) à un "étonnant bateau, échoué… en plein Boston !" suivi d’un débat (forcément polémique) sur la dangerosité de "sniffer du chocolat" (promis, on n’invente rien).

    ET EN FRANCE ?

    En France, aucun des deux grands JT n’a consacré de sujet hier soir à Chapel Hill et les chaînes d’infos en continu s’en tiennent aujourd’hui à une couverture minimale… sur leurs sites. Du côté de la presse écrite, si la plupart des sites ont relayé la tuerie en se fondant notamment sur une dépêche AFP (et certains les polémiques qui ont suivi), le triple assassinat de Chapel Hill n’est quasiment jamais en page d’accueil. Un trop plein d’actu ? 20Minutes.fr a pourtant trouvé la place pour faire figurer en une le portrait d’un homme de 109 ans qui tricote des pulls pour des pingouins. Une information qui n’intéresserait que les Américains ? Peu probable puisque le mot clé "#ChapelHillShooting" compte aujourd’hui parmi les plus utilisés en France sur Twitter.


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    En plus d'une sous-médiatisation, un deuxième reproche était adressé aux médias sur Twitter : la réticence à évoquer d’éventuels motifs islamophobes alors qu’ils font preuve de moins de prudence dans le cas de violences d’individus présumés islamistes. "Pourquoi personne n'a parlé d'un acte de terrorisme à propos de cette fusillade ? Les victimes sont-elles de la mauvaise religion ?" s’est ainsi interrogé un responsable de l’organisation "American-Arab Anti-Discrimination Committee".

    En cause notamment, la mention par les médias de l’information selon laquelle la tuerie trouverait ses origines dans une dispute autour d’une place de parking, communiquée par la police, plutôt que des motifs religieux ou politiques. Sauf que, comme le note le rédacteur en chef du magazine Muslim American, cette "dispute" entre voisins n’invalide en aucun cas l’hypothèse d’un crime raciste et/ou islamophobe. Dustin Barto souligne ainsi que les deux femmes étaient clairement "identifiables" comme musulmanes et que le niveau de violence permet de douter d'une simple querelle liée à une place de stationnement. Dans une interview, le chef de la police de Chapel Hill avait d'ailleurs bien précisé qu'il n'excluait pas qu'il puisse s'agir d'un crime raciste ("hate crime" en VO). Et les premiers éléments sur la personnalité de Craig Hicks publiés par des sites internet montraient bien à quel point il semblait quasi-obsédé par la religion.

    "CET HOMME S’EN EST DÉJÀ PRIS À MA FILLE ET SON MARI PLUSIEURS FOIS"

    Surtout, le père d’une des victimes a vivement rejeté cette explication : "Ce n’était pas une dispute à propos d’une place de parking ; c’était un crime raciste. Cet homme s’en est déjà pris à ma fille et son mari plusieurs fois, et il leur parlait avec son pistolet à la ceinture. Ils étaient mal à l’aise avec lui, mais ils ne savaient pas qu’il irait aussi loin", a expliqué Abu-Salha à la presse. Il affirme par ailleurs que sa fille avait déjà fait part de ses craintes à sa famille en parlant d’un "voisin haineux" : "Je le jure, il nous hait pour ce que nous sommes et notre apparence", lui aurait-elle confié avant le drame.

    S’il est encore difficile de confirmer ou infirmer définitivement les motifs racistes du tueur, certains se sont en tout cas déjà fait leur avis. Peu de temps après l’annonce de la tuerie, des messages de "remerciement" adressés au tueur pour son acte "courageux", ont ainsi été repérés sur Facebook et Twitter (même si comme toujours, il est difficile de connaitre l’ampleur et l’origine exacte de ces messages de haine).


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    D’autres, comme le magazine américain de centre gauche américain The New Republicpointent plutôt du doigt un "nouvel athéisme" agressif, particulièrement envers l’islam, et dont la tuerie symboliserait les dérives. Tout ça avant même que les motifs des meurtres ne soient encore établis.

     
  • La liberté d'expression de Mr Dumas

    Tollé après les propos de Dumas sur Valls

    Publié le 16/02/2015 à 10:07, Mis à jour le 16/02/2015 à 15:31

    A la Une

    Le Premier ministre Manuel Valls et sa femme Anne Gravoin, à l'hôtel Matignon, à Paris - Joel Saget - AFP/Archives
    Le Premier ministre Manuel Valls et sa femme Anne Gravoin, à l'hôtel Matignon, à Paris Joel Saget  /  AFP/Archives

    L'ex-ministre PS des Affaires étrangères Roland Dumas a provoqué un tollé lundi en affirmant sur RMC et BFMTV que Manuel Valls était "probablement" sous influence juive, évoquant ses "alliances personnelles" et, sans la nommer, l'épouse du Premier ministre, Anne Gravoin.

    Le Premier ministre est-il sous influence juive, l'invite à préciser le journaliste Jean-Jacques Bourdin après des propos tenus par M. Dumas en ce sens. "Probablement", "je peux le penser", a répondu l'ancien président du Conseil constitutionnel, âgé de 92 ans. "Il a des alliances personnelles qui font qu'il a des préjugés. Chacun sait qu'il est marié avec quelqu'un, quelqu'un de très bien d'ailleurs, qui a de l'influence sur lui", a-t-il également déclaré.

    Manuel Valls est régulièrement attaqué avec cet argument dans les milieux proches de l'extrême droite et ceux proches de Dieudonné M'Bala M'Bala, qui avait qualifié l'actuel Premier ministre "de petit soldat israélien veule et docile".

    Dans un dossier consacré à M. Valls, le 30 janvier 2014, le très droitier hebdomadaire Valeurs Actuelles écrivait notamment: "De nombreuses sources, Place Beauvau, attestent du +jusqu'au-boutisme+ d'Anne Gravoin, elle-même membre de la communauté juive, dans la lutte contre l'humoriste controversé (Dieudonné, NDLR). Une influence qui expliquerait que Manuel Valls ait mis tout son poids dans un combat pourtant loin d'être prioritaire".

    "Les mots de Roland Dumas sont inadmissibles et dangereux", a dénoncé le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll sur Tweeter.

    La ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a déploré, également sur Twitter, des propos "atterrants". "Roland Dumas nourrit l'antisémitisme ordinaire. Soutien à tous ceux qui combattent la haine".

    Ce sont des "propos inacceptables", qui "dépassent l'entendement en mettant en cause le Premier ministre avec un vocabulaire d'extrême droite", a renchéri le PS dans un communiqué.

    "C'est lamentable. C'est le discours des années 30 sur la France enjuivée. J'ai connu Roland Dumas résistant et pas reprenant le discours de ceux qu'il combattait", a renchéri le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis sur TV5 Monde.

    Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux, s'est dit "révulsé". Proche de Manuel Valls, le sénateur PS Luc Carvounas a dénoncé des "propos nauséabonds", en rappelant que M. Dumas avait "apporté son soutien à Dieudonné en 2006" tandis que l'ex-ministre Benoît Hamon a lâché: "Dumas est écœurant".

    Claude Bartolone, le président PS de l'Assemblée nationale, s'est dit, également sur Twitter, "révolté" par des propos "qui relèvent d’un antisémitisme ordinaire et d’un complotisme délirant", appelant à "ne rien laisser passer".

    Jean-Jacques Urvoas, le président PS de la commission des Lois de l'Assemblée, proche du chef du gouvernement, a ironisé en postant sur Twitter: "Pour la 1ère fois je me sens gaulliste: la vieillesse est un naufrage. Dumas le démontre".

     

    Dumas 'tordu', disait Mitterrand

    Pour Carlos Da Silva, porte-parole du PS, "Roland Dumas a perdu les pédales". "Il faut qu'il arrête de s'exprimer. Des tombes ont été profanées, des citoyens français attaqués parce qu'ils étaient juifs, voilà de quoi on parle!", a dénoncé ce proche de M. Valls sur Europe 1.

    Jérôme Guedj, président PS du Conseil général de l'Essonne, a pour sa part jugé que "les mots choisis de Dumas sont assassins. Pas d'excuse dans l'âge: vieux ou jeune, c'est le même antisémitisme, qui va des mots au meurtre".

    A droite, les propos de l'ancien ministre de François Mitterrand ont également été condamnés: " Les propos de Roland Dumas sur sont inadmissibles et proprement scandaleux Quel naufrage!", a tweeté l'ancien ministre UMP des Transports Dominique Bussereau.

    "Roland Dumas va avoir 93 ans... L'âge du silence médiatique... ou de la révélation de la vraie personnalité? Ses propos sont odieux... comme lui?", a réagi le sénateur et ex-ministre UMP Roger Karoutchi.

    Roland Dumas avait été proche de François Mitterrand, ce qui n'empêchait pas ce dernier de porter un regard sévère sur lui: "J'ai deux avocats, Robert Badinter pour le droit, Roland Dumas pour le tordu", disait l'ancien chef de l'Etat.

    M. Dumas, ancien résistant et fils de résistant fusillé, a par ailleurs rejeté lundi l'expression "islamo-fascisme" employée par M. Valls. "Le fascisme, c'était pas ça, l’hitlérisme non plus, il ne faut pas exagérer". "Il y a une sorte d'escalade qui se produit, moi j'appelle à la raison", a-t-il dit.

     

  • Philippe Tesson se lave les mains

    Philippe Tesson se lave les mains, France Inter et Le Monde fournissent le savon

    par Henri Malerle 24 janvier 2015

    Bienheureux Philippe Tesson !

    (1) Après s’être livré sur Europe 1, le 13 janvier 2015, à une violente charge contre les musulmans de France (dont nous avions relevé avec quelle complaisance elle avait été fréquemment accueillie), Philippe Tesson a bénéficié du témoignage de moralité de son propre fils, Sylvain Tesson : Europe 1 (encore !), le 20 janvier, a donné à ce dernier l’occasion de défendre son père dont les déclarations auraient, selon lui, dépassé la pensée. Complaisamment, Le FigaroL’Express et le Huffington Post ont relayé la défense du fiston.

    (2) Ce n’était pas assez. Le preux défenseur de la laïcité contre les musulmans qui « amènent la merde en France » était reçu sur France Inter, lors du 7-9 du 22 janvier 2015, en qualité d’invité de Léa Salamé. Une invitation confraternelle en quelque sorte, destinée à permettre à Philippe Tesson de se justifier (et que l’on peut consulter notamment sur le site du Monde).

    Pour sa défense, le cher confrère distingue la forme et le fond alors qu’en l’occurrence la forme est indissociable du fond : une distinction que Léa Salamé, pourtant insistante, lui concède. Ce qui permet à Tesson de se dédouaner sur la forme… en modifiant le fond. Inutile de reproduire la totalité de son indécent et confus bavardage. Il suffit relever ces deux points :

    - D’abord, il se croit obligé de corriger Léa Salamé quand elle le cite de façon inexacte. Non il n’a pas dit que les musulmans « foutent la merde », mais précise-t-il, qu’ils « amènent la merde ». Nuance ! Mais d‘où l’amènent-il ? Léa Salamé n’a pas relevé cette stupéfiante rectification.

    - Ensuite, il prétend se répéter sur le fond en déclarant (ce qui est déjà une généralisation antimusulmane) ceci : « je crois que je n’ai pas complètement tort, tout le monde en convient, s’il y a un problème avec la laïcité, ce ne sont pas les chrétiens qui le posent pour l’instant […], ce sont les musulmans ». Or il avait déclaré : « Ce qui a créé le problème, ça n’est quand même pas… c’est pas les Français. […] D’où vient le problème ? D’où vient le problème de l’atteinte à la laïcité sinon des musulmans ? ». Des pas-français ou des pas-vraiment français : on comprend pourquoi, aux yeux de Tesson, ils « amènent la merde » puisqu’ils viennent d’ailleurs. Léa Salamé, pas plus que ses confrères, n’a relevé le propos initial : elle n’a donc pas relevé la correction qui ne le corrige pas !

    (3) Défenseur lui aussi de la veuve, de l’orphelin et du Philippe Tesson, Le Monde (mais aussi Sud Ouest) résuma le contenu des propos tenus sur France Inter. Les chers confrères ayant déjà parlé d’un simple « dérapage », le titre de l’article du Monde le concède d’emblée : « Philippe Tesson admet un "dérapage" sur les musulmans, mais se défend "sur le fond" » [1].

    Pour évoquer le prétendu « dérapage », le scrupuleux quotidien ne retient que cette phrase : « D’où vient le problème ? D’où vient le problème de l’atteinte à la laïcité, sinon des musulmans ? On le dit, ça ?! Moi je le dis ! ». Et il oublie la phrase qui précède et qu’il nous faut répéter : « Ce qui a créé le problème, ça n’est quand même pas… c’est pas les Français. »

    Un jour viendra, soyons en certains, même s’il faudra sans doute un certain temps, où les « grands » journalistes prêteront attention à ce que disent leurs confrères mis en cause, sans atténuer leurs propos les plus indignes, au moment même où ils entendent s’en démarquer.

    Henri Maler

    Notes

    [1] Titre également choisi par Sud Ouest.